Musique " Classique"

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Message par Baalberith le Lun 20 Mar 2006 - 18:52

Un génie est quelqu'un qui apporte du neuf, qui oriente l'art dans des directions inexplorées avant lui.

Bah non, le génie est assez vaste comme réalité: un gosse de 8 ans qui résoud des intégrales est bien un génie, par exemple...

Mozart a composé sa première opéra à 5 ans me semble-t-il, si ça ce n'est pas une marque d'un génie.

Inversement, tu peux apporter quelque chose de neuf et sans intérêt qui ne relève de rien de...génial (il suffit de voir certains nouveaux styles musicaux qui ne sont qu'un amalgame de bruits étranges).
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Message par  le Lun 20 Mar 2006 - 19:08

@Baalberith a écrit:
Un génie est quelqu'un qui apporte du neuf, qui oriente l'art dans des directions inexplorées avant lui.

Bah non, le génie est assez vaste comme réalité: un gosse de 8 ans qui résoud des intégrales est bien un génie, par exemple...

Mozart a composé sa première opéra à 5 ans me semble-t-il, si ça ce n'est pas une marque d'un génie.

Inversement, tu peux apporter quelque chose de neuf et sans intérêt qui ne relève de rien de...génial (il suffit de voir certains nouveaux styles musicaux qui ne sont qu'un amalgame de bruits étranges).


En ce qui concerne Mozart, il a beau avoir composé des choses très jeune, ça vaut pas grand chose !!

Alors oui la prouesse est respectable mais ce sont des oeuvres presque vide de pathétique.

La création et le travail de composition est le fruit d'expériences et de ressenti hors je doute qu'a 6 ans on ait l'expérience necéssaire pour pondre une oeuvre majeur.

Après il est indéniable que ce fut un grand homme seulement il y en d'autres qui méritent au moins autant d'éloges. Tout ce boucan autour de Mozart m'agace, les gens ne connaissent que lui...

Personne ne parle de Chostakovitch dont c'est tout de même le 100 ème anniversaire de sa naissance cette année et qui a composé une sublime symphonie (entre autres)
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Message par Necrowarrior le Lun 20 Mar 2006 - 19:47

génie: 1. Class. et littér. [En parlant d'une pers.] Nature (bonne ou mauvaise), ensemble des aptitudes innées, des facultés intellectuelles, des dispositions morales. Génie borné;
pauvre, petit génie;
suivre son génie, forcer son génie (Ac.). Le paysan est tout à fait barbare vers Rhodez et Sarlat, mais rien n'égale son génie naturel (STENDHAL, Mém. touriste, t. 1, 1838, p. 103). L'intelligence et le génie naturel ont été répartis par la nature avec une telle économie et une si grande providence, que l'organisme social n'a jamais à redouter ni surabondance ni disette de talents spéciaux (PROUDHON, Propriété, 1840, p. 309). Des hommes d'un génie étroit et ignorant, ou d'un génie vaste et instruit (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 629). Leur génie ordinaire ne s'élevait pas jusqu'à ces coups d'audace (DE VOGÜÉ, Morts, 1899, p. 313).

P. ext., mod. Ensemble des tendances spécifiques et distinctives (caractérisant une réalité concrète, une personne, une communauté). Le génie moderne;
le génie d'une époque, de l'espèce, d'une race. L'action de donner est ce qu'il y a de plus contraire au génie bourgeois (BLOY, Lieux communs, 1902, p. 160). Mme Émilie, vivant aux crochets de son frère, et n'ayant à penser à rien, et rien à faire, n'avait jamais une minute : c'est le génie féminin (MONTHERL., Célibataires, 1934, p. 805).
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Message par  le Lun 20 Mar 2006 - 20:51

@Baalberith a écrit:
Un génie est quelqu'un qui apporte du neuf, qui oriente l'art dans des directions inexplorées avant lui.

Bah non, le génie est assez vaste comme réalité: un gosse de 8 ans qui résoud des intégrales est bien un génie, par exemple...

Mozart a composé sa première opéra à 5 ans me semble-t-il, si ça ce n'est pas une marque d'un génie.

Inversement, tu peux apporter quelque chose de neuf et sans intérêt qui ne relève de rien de...génial (il suffit de voir certains nouveaux styles musicaux qui ne sont qu'un amalgame de bruits étranges).


Parfaitement d'accord avec toi, pour une fois!
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Message par  le Lun 20 Mar 2006 - 21:01

Nirnaeth a écrit:
@Baalberith a écrit:
Bah non, le génie est assez vaste comme réalité: un gosse de 8 ans qui résoud des intégrales est bien un génie, par exemple...

Mozart a composé sa première opéra à 5 ans me semble-t-il, si ça ce n'est pas une marque d'un génie.

Inversement, tu peux apporter quelque chose de neuf et sans intérêt qui ne relève de rien de...génial (il suffit de voir certains nouveaux styles musicaux qui ne sont qu'un amalgame de bruits étranges).


En ce qui concerne Mozart, il a beau avoir composé des choses très jeune, ça vaut pas grand chose !!

Alors oui la prouesse est respectable mais ce sont des oeuvres presque vide de pathétique.

La création et le travail de composition est le fruit d'expériences et de ressenti hors je doute qu'a 6 ans on ait l'expérience necéssaire pour pondre une oeuvre majeur.

Après il est indéniable que ce fut un grand homme seulement il y en d'autres qui méritent au moins autant d'éloges. Tout ce boucan autour de Mozart m'agace, les gens ne connaissent que lui...

Personne ne parle de Chostakovitch dont c'est tout de même le 100 ème anniversaire de sa naissance cette année et qui a composé une sublime symphonie (entre autres)


Pour toi génial = pathétique? C'est très personnel comme définition. Certains ne sont pas à la recherche d'une musique pathétique. Et puis si tu veux du dramatique et de la "profondeur", le Mozart des années viennoises (années de ses chefs-d'oeuvres = années de la misère et de la non reconnaissance, par exemple la première du concerto pour piano n°25 joué devant un public d'une personne!) devrait pleinement te satisfaire.

Que tu le veuilles ou non, Mozart est aussi génial en ce sens qu'il est universel (contrairement à Chostakovitch). Son succès, après sa mort, vient de ce qu'une femme de ménage portugaise est autant capable de l'apprécier qu'un musicologue averti, un jeune qu'un vieux etc.

Reporte- toi au jugement de Haydn, grand ami de Mozart:

"Je vous le dis (à Leopold), devant Dieu, en honnête homme, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse, en personne ou de nom, il a du goût et en outre la plus grande science de la composition".

Choskatovitch restera quant à lui toujours underground, pas de souci à se faire...
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Message par  le Mar 21 Mar 2006 - 8:40

Personne ne parle de Chostakovitch dont c'est tout de même le 100 ème anniversaire de sa naissance cette année et qui a composé une sublime symphonie (entre autres)

Quelle est cette symphonie?

Histoire de découvrir.
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Message par  le Mar 21 Mar 2006 - 19:41

Post tenebras Lux a écrit:

Pour toi génial = pathétique? C'est très personnel comme définition. Certains ne sont pas à la recherche d'une musique pathétique.Et puis si tu veux du dramatique et de la "profondeur", le Mozart des années viennoises


Pour moi la musique doit être pathétique c'est là qu'elle prend tout son sens. Certaines cultures ne connaissent pas la musique, elles n'ont pas de mot pour la définir. Ces cultures utilise la 'musique' que dans le cadre du rite, elle n'a pas de fonction esthétique. Donc oui pour moi certains ne sont pas à la recherche d'une musique pathétique, ils ne sont même pas à la recherche de....Musique.



Pour Mozart je ne nie pas son immense talent et son génie, j'apprécie certaines de ses oeuvres. Cependant dans ses premières oeuvres il n'a fait qu'appliquer ce qu'on lui a appris, il connaissait le langage musical, il a fait ses premières phrases. A cet age là, le langage on le maitrise mal.




















Que tu le veuilles ou non, Mozart est aussi génial en ce sens qu'il est universel (contrairement à Chostakovitch). Son succès, après sa mort, vient de ce qu'une femme de ménage portugaise est autant capable de l'apprécier qu'un musicologue averti, un jeune qu'un vieux etc.

Choskatovitch restera quant à lui toujours underground, pas de souci à se faire...


Que je le veuille ou non ?? Ca va, je le veux aussi....

Mozart universel ? Il faut demander ça aux pygmées au fin fond de leur cambrousse....mais je doute.

Après, pour ce qui est de savoir si Chostakovitch (et non choskato) restera underground...le temps nous le dira. Mozart n'a par exemple pas une carrière de 250 ans, il a été 'oublié' quelques temps au XIXème.[/quote]
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Message par Baalberith le Mar 21 Mar 2006 - 20:52

En ce qui concerne Mozart, il a beau avoir composé des choses très jeune, ça vaut pas grand chose !!

Tout est question de contexte: un gosse qui résoud une intégrale à 8 ans, c pas une chose extraordinaire en soi (j'en ai réalisé des intégrales et pourtant je ne suis pas matheux), mais à 8 ans... (idem pour Mozart)


les gens ne connaissent que lui...

Simplement parce que ça musique est l'unde des plus accessibles dans le domaine classique...
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Message par  le Mar 21 Mar 2006 - 23:18

@Baalberith a écrit:
En ce qui concerne Mozart, il a beau avoir composé des choses très jeune, ça vaut pas grand chose !!

Tout est question de contexte: un gosse qui résoud une intégrale à 8 ans, c pas une chose extraordinaire en soi (j'en ai réalisé des intégrales et pourtant je ne suis pas matheux), mais à 8 ans... (idem pour Mozart)


les gens ne connaissent que lui...

Simplement parce que ça musique est l'unde des plus accessibles dans le domaine classique...


C'est en partie ce que je voulais signifier en soulignant qu'il est "universel". Sa musique est à la fois "simple" et profonde. Car pour arriver à une telle simplicité et une telle beauté, il faut beaucoup plus de maîtrise à mon avis que pour pondre des oeuvres lourdes, longues et grandiloquentes style Wagner ou certains opéras de Verdi. Au niveau de l'opéra je reste persuadé que Mozart en est le maître absolu.
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Message par Baalberith le Mer 22 Mar 2006 - 10:47

Sa musique est à la fois "simple" et profonde.

Un peu comme la poésie franciscaine, hein PTL? ;
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Message par  le Ven 24 Mar 2006 - 22:50

Myrkul a écrit:

Quelle est cette symphonie?

Histoire de découvrir.


Excuse moi de n'avoir pas répondu plus tôt

il s'agit de la huitième, mais il y a aussi la 5 ème.



sinon je conseille le requiem de Verdi !
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Message par  le Dim 2 Avr 2006 - 10:46

C'est agaçant de voir ce mot "génie" collé à tous les gens dont le nom figure dans le Larousse... Je sais, dans les conversations de tous les jours c'est cool d'employer le mot "génial" à toutes les sauces;
seulement quant on parle de grands hommes il faudrait trouver une définition plus stricte de ce concept.

Etre un génie c'est au moins apporter quelque chose de neuf, de valable, qui tire l'humanité vers le haut. On peut être quelqu'un de talentueux ou de surdoué sans être un génie.

Certains pensent que résoudre des intégrales à l'âge de huit ans est une preuve de génie... Mmmm... c'est discutable. Que penser des autistes de haut niveau alors ?...

Pour en revenir à Mozart je suis d'accord avec Nirmaeth sur un point : d'autres compositeurs méritent autant, d'autres plus, d'attention que lui. Alors ce ramdam... Encore une fois : justifié, mais un peu disproportionné à mon goût..
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Message par DreamSquare le Ven 18 Aoû 2006 - 22:11

L'Anneau du Nibelung (Fils du brouillard) est un mythe germanique et nordique qui a inspiré Richard Wagner pour son opéra du même nom, ainsi qu'un film ultérieur portant ce titre. Le mythe fait partie des inspirations de la littérature contemporaine, avec J.R.R. Tolkien et son épopée du seigneur des Anneaux.



L'Anneau du Nibelung, festival scénique en un prologue et trois journées (Der Ring des Nibelungen) ou Le Ring, ou la Tétralogie, est le titre original du cycle dramatique en un prologue et trois journées de Richard Wagner. Si par commodité on parle d'opéra, l'auteur lui-même et les spécialistes insistent sur ce fait.



Avec près de trente ans de gestation, Le Ring est une œuvre immense. Selon les interprétations, il peut durer de treize à dix-sept heures. Le texte, rédigé en allemand, compte plus de huit mille lignes et met en scène plus de trente personnages. La musique est construite autour de plus de quatre-vingt leitmotive (ou thèmes conducteurs) musicaux différents (sans compter les dérivés).



Passionné par le théâtre grec antique Richard Wagner emprunte la structure en quatre parties des spectacles antiques. Il en tire aussi ce qu'il appelle l'Art total où tout est lié : théâtre, musique, poésie, peinture, etc. Il ira jusqu'à construire un thêâtre consacré à son œuvre, le Palais des festivals de Bayreuth. « Une œuvre multimédia avant l'heure ! », écrit Bruno Lussato. Partie d'un projet de poème épique (La Mort de Siegfried), cette œuvre s'est transformée au fil des années et de la maturité de l'auteur en une gigantesque allégorie sur la société, la politique, l'économie et le pouvoir.



À cause de l'impact énorme qu'aura la Tétralogie et qui inspirera nombre de grands artistes ultérieurement, pour le grand public actuel, l'inspiration semble s'être inversée. Par exemple quelqu'un regardant une lithographie de Franz Stassen pourra croire à une inspiration antérieure à Wagner alors qu'elles datent des années 1910-1920 et sont une illustration du Ring.



Pour ses personnages, Wagner s'inspire librement des légendes de la mythologie nordique dont les poèmes de l’Edda et la Saga des Völsungar.



Certaines situations s'inspirent d'œuvres de Leconte de Lisle comme la Belle au Bois dormant, de La Motte-Fouqué, de Charles Perrault (le Chat Botté), de Hebbel, de Lenström, des contes des frères Grimm ainsi que d'autres inspirations culturelles ou religieuses (son projet non abouti Jésus de Nazareth, la rédemption, Saint François d'Assise parlant aux oiseaux).



Les intrigues et les événements sont largement imaginés ou réinventés par l'auteur.



En retour le Ring aura une grande influence sur les autres arts : peinture (de nombreux tableaux et illustrations s'inspirent du Ring), cinéma, bande-dessinée, littérature romanesque ou épique...







Wikipédia (Plus d'infos : http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Anneau_du_Nibelung ).




J'aime beaucoup cet opéra, j'avoue que je n'en écoute pas souvent mais celui ci est magnifique. J'espère un jour pouvoir me payer le voyage jusqu'a Bayreuth pour le voir en entier.
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Message par  le Ven 18 Aoû 2006 - 23:36

Et cela fait parti aussi des très belles histoires de la mythologie germanique et européenne.
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Message par DreamSquare le Ven 18 Aoû 2006 - 23:44

@Mormegil a écrit:Et cela fait parti aussi des très belles histoires de la mythologie germanique et européenne.


Tout a fait. De toute manière l'article le stipule dans sa première partie.



Cette saga a même fait l'objet de 3 films dont le dernier est chroniqué sur le site.
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Message par  le Sam 19 Aoû 2006 - 3:21

Ci dessous la biographie du célèbre compositeur.

Ne soyez pas effrayer par la longueur du texte, il est très intéréssant, se lit facilement et est passionnant.

Par contre désolé pour la mise en page, mais c'est du bricolage de dernière minute fait un peu à l'arrache...





« Faire tout le bien qu'on peut,

Aimer la Liberté par-dessus tout,

Et, quand ce serait pour un trône,

Ne jamais trahir la vérité.»




Il était petit et trapu, de forte encolure, de charpente athlétique. Une large figure, de couleur rouge brique, sauf vers la fin de sa vie, où le teint devint maladif et jaunâtre, surtout l'hiver, quand il restait enfermé, loin des champs. Un front puissant et bosselé. Des cheveux extrêmement noirs, extraordinaire-ment épais, et où il semblait que le peigne n'eût jamais passé, hérissés de toutes parts, « les serpents de Méduse 1 ». Les yeux brûlaient d'une force prodigieuse, qui saisit tous ceux qui le virent;
mais la plupart se trompèrent



(1. J. Russel (1822). — Charles Czerny, enfant, qui le vit en 1801, avec une barbe de plusieurs jours et une crinière sauvage, vétu d'un veston et d'un pantalon en poil de chèvre, crut rencontrer Robinson Crusoé.)



sur leur nuance. Comme ils flambaient d'un éclat sauvage dans une figure brune et tragique, on les vit généralement noirs;
ils ne l'étaient pas, mais bleu gris 1. Petits et très profondément enfoncés, ils s'ouvraient brusquement dans la passion ou la colère, et alors roulaient dans leurs orbites, reflétant toutes leurs pensées avec une vérité merveilleuse 2. Souvent ils se tournaient vers le ciel avec un regard mélancolique. Le nez était court et carré, large, un mufle de lion. Une bouche délicate, mais dont la lèvre inférieure tendait à avancer sur l'autre. Des mâchoires redoutables, qui auraient pu broyer des noix. Une fossette profonde au menton, du côté droit, donnait une étrange dissymétrie à. la face. « Il avait un bon sourire, dit Moscheles, et dans la conversation, un air souvent aimable et encourageant. En revanche, le rire était désagréable, violent et grimaçant,(1. Note du peintre Kloeber, qui flt son portrait vers 1818.

2. « Ses beaux yeux parlants, dit le docteur W.-C. Müller, tantôt gracieux et tendres, tantôt égarés, menaçants et terribles » (1820).
)

du reste court », — le rire d'un homme qui n'est pas accoutumé à la joie. Son expression habituelle était la mélancolie, « une tristesse incurable ». Rellstab, en 1825, dit qu'il a besoin de toutes ses forces pour s'empêcher de pleurer, en voyant « ses doux yeux et leur douleur poignante ». Braun von Braunthal, un an plus tard, le rencontre à une brasserie : il est assis dans un coin, il fume une longue pipe, et il a les yeux fermés, comme il fait de plus en plus, à mesure qu'il approche de la mort. Un ami lui adresse la parole. Il sourit tristement, tire de sa poche un petit carnet de conversation;
et, de la voix aiguë que prennent souvent les sourds, il lui dit d'écrire ce qu'on veut lui demander. — Son visage se transfigurait, soit dans ses accès d'inspiration soudaine qui le prenaient à l'improviste, même dans la rue, et qui frappaient d'étonnement les passants, soit quand on le surprenait au piano. « Les muscles de sa face saillaient, ses veines gonflaient;
les yeux sauvages devenaient deux fois plus terribles;
la bouche tremblait;
il avai l'air d'un enchanteur vaincu par les démon;
qu'il avait évoqués. » Telle une figure de Shakespeare 1;
Julius Benedict dit : « Le roi Lear ».



Ludwig van Beethoven naquit le 16 décembre 1770 à Bonn, près de Cologne, dans une misérable soupente d'une pauvre maison. Il était d'origine flamande 2. Son père était un ténor inintelligent et ivrogne. Sa mère était



(1. Kloeber dit : « d'Ossian .. Tous ces détails sont empruntés aux notes d'amis de Beethoven, ou de voyageurs qui le virent, — tels que Czerny, Moscheles, Kloeber, Daniel Amadeus Atterbohm, W: C. Muller, J. Russel, Julius Benedict, Rochlitz, etc.



2. Le grand-père Ludwig, l'homme le plus remarquable de la famille, celui à qui Beethoven ressemblait le plus, était né à Anvers, et ne s'établit que vers sa vingtième année à Bonn, où il devint maître de chapelle du prince-électeur. — Il ne faut pas oublier ce fait, si l'on veut comprendre l'indépendance fougueuse de la nature de Beethoven, et tant de traits de son caractère qui ne sont pas proprement allemands.

)

domestique, fille d'un cuisinier, et veuve en premières noces d'un valet de chambre.



Une enfance sévère, à laquelle manqua la douceur familiale, dont Mozart, plus heureux, fut entouré. Dès le commencement, la vie se révéla à lui comme un combat triste et brutal, Son père voulut exploiter ses dispositions musicales et l'exhiber comme un petit prodige. A quatre ans, il le clouait pendant des heures devant son clavecin, ou l'enfermait avec un violon, et le tuait de travail. Peu s'en fallut qu'il ne le dégoûtât à tout jamais de l'art. Il fallut user de violence pour que Beethoven apprît la musique. Sa jeunesse fut attristée par les préoccupations matérielles, le souci de gagner son pain, les tâches trop précoces. A onze ans, il faisait partie de l'orchestre du théâtre;
à treize, il était organiste. En 1787, il perdit sa mère, qu'il adorait. a Elle m'était si bonne, si digne d'amour, ma meilleure amie! Oh! qui était plus heureux que moi, quand je pouvais prononcer le doux nom de mère, et qu'elle pouvait l'entendre 1? » Elle était morte phtisique;
et Beethoven se croyait atteint de la même maladie;
il souffrait déjà constamment;
et il se joignait à son mal une mélancolie, plus cruelle que le mal même 2 . A dix-sept ans, il était chef de famille, chargé de l'éducation de ses deux frères;
il avait la honte de devoir solliciter la mise à la retraite de son père, ivrogne, incapable de diriger la maison : c'est au fils qu'on remettait la pension du père, pour éviter que celui-ci la dissipât. Ces tristesses laissèrent en lui une empreinte profonde. Il trouva toutefois un affectueux appui dans une famille de Bonn, qui lui resta toujours chère, la famille de Breuning. La gentille « Lorchen », Éléonore de Breuning, avait deux ans de moins que lui. Il lui apprenait la musique et elle l'initia à la poésie.



Elle fut sa compagne (1. Lettre au docteur Schade, à Augsbourg, 15 septembre 1787 (Nohl, Lettres de Beethoven, II).

2. Il disait plus tard (en 1816) : « C'est un pauvre homme, celui qui ne sait pas mourir ! Quand je n'avais que quinze ans, je le savais déjà..»
)

d'enfance;
et peut-être y eut-il entre eux un sentiment assez tendre. Éléonore épousa plus tard le docteur Wegeler, qui fut un des meilleurs amis de Beethoven;
et, jusqu'au dernier jour, il ne cessa de régner entre eux une amitié paisible, qu'attestent les lettres dignes et tendres de Wegeler et d'Éléonore, et celles du vieux fidèle ami (alter treuer Freund) au bon cher Wegeler (guter lieber Wegeler). Affection plus touchante encore quand l'âge est venu pour tous trois, sans refroidir la jeunesse de leur coeur.



Si triste qu'ait pu être l'enfance de Beethoven, il garda toujours pour elle, pour les lieux où elle s'écoula, un tendre et mélancolique souvenir. Forcé de quitter Bonn, et.de passer presque toute sa vie à Vienne, dans la grande ville frivole et ses tristes faubourgs, jamais il



(1. Nous citons aux textes quelques-unes de ces lettres.

Beethoven trouva aussi un ami et un guide en l'excellent Christian-Gottlob Neefe, son maître, dont la noblesse morale n'eut pas moins d'influence sur lui que la largeur de son intelligence artistique.
)

n'oublia la vallée du Rhin, et le grand fleuve auguste et paternel, unser Vater Rhein, comme il l'appelle, « notre père le Rhin s, si vivant, en effet, presque humain, pareil à une âme gigantesque où passent des pensées et des forces innombrables, nulle part plus beau, plus puissant et plus doux qu'en la délicieuse Bonn, dont il baigne les pentes ombragées et fleuries, avec une violence caressante. Là, Beethoven a vécu ses vingt premières années;
là se sont formés les rêves de son coeur adolescent, — dans ces prairies qui flottent languissamment sur l'eau, avec leurs peupliers enveloppés de brouillards, les buissons et les saules, et les arbres fruitiers, qui trempent leurs racines dans le courant silencieux et rapide, — et, penchés sur le bord, mollement curieux, les villages, les églises, les cimetières même, — tandis qu'à l'horizon, les Sept Montagnes bleuâtres dessinent sur le ciel leurs profils orageux, que surmontent les maigres et bizarres silhouettes des vieux châteaux ruinés. A ce pays, son coeur resta éternellement fidèle;
jusqu'au dernier instant, il rêva de le revoir, sans jamais y parvenir. « Ma patrie, la belle contrée où j'ai vu la lumière du jour, toujours aussi belle, aussi claire devant mes yeux, que lorsque je la laissai 1. »



En novembre 1792, Beethoven vint se fixer à Vienne, métropole musicale de l'Allemagne 2. La Révolution avait éclaté ;
elle commençait à submerger l'Europe. Beethoven quitta Bonn juste au moment où la guerre y entrait. Sur la route de Vienne, il traversa les armées hes-



(1. A Wegeler, 29 juin 1801 (Nohl, XIV).



2. Il y avait déjà fait un court voyage, au printemps de 1787. Il vit alors Mozart, qui semble avoir fait peu attention'à lui.

Haydn, dont il avait fait la connaissance à Bonn, en décembre 1790, lui donna quelques leçons. Beethoven prit aussi pour maltres Albrechtsberger et Salieri. Le premier lui enseigna le contrepoint et la fugue;
le second lui apprit à écrire pour la voix.) soises marchant contre la France. En 1796 et 1797, il mit en musique les poésies belliqueuses de Friedberg : un Chant du Départ et un choeur patriotique : Nous sommes un grand peuple allemand ( Ein grosses deutsches Volk sind wir). Mais en vain il veut chanter les ennemis de la Révolution : la Révolution conquiert le monde, et Beethoven. Dès 1798, malgré la tension des rapports entre l'Autriche et la France, Beethoven entre en rapports intimes avec les Français, avec l'ambassade, avec le général Bernadotte qui venait d'arriver à Vienne. Dans ces entretiens commencent à se former en lui les sentiments républicains, dont on voit le puissant développement dans la suite de sa vie.



Un dessin que Stainhauser fit de lui à cette époque, donne assez bien l'image de ce qu'il était alors. C'est, aux portraits suivants de Beethoven, ce que le portrait de Buonaparte par Guérin, cette âpre figure rongée de fièvre ambitieuse, est aux autres effigies de Napoléon.



Beethoven semble plus jeune que son âge, maigre, droit, raidi dans sa haute cravate, le regard défiant et tendu. Il sait ce qu'il vaut;
il croit en sa force. En 1796, il note sur son carnet : « Courage ! Malgré toutes les défaillances du corps, mon génie triomphera... Vingt-cinq ans! les voici venus! je les ai.... Il faut que cette année même, l'homme se révèle tout entier 1.» Mme de Bernhard et Gelinck disent qu'il est très fier, de manières rudes et maussades, et qu'il parle avec un très fort accent provincial. Mais ses intimes, seuls, connaissent l'exquise bonté qu'il cache sous cette gaucherie orgueilleuse. Écrivant à Wegeler tous ses succès, la première pensée qui lui vient à l'es-prit est celle-ci : « Par exemple, je vois un ami dans le besoin : si ma bourse ne me permet pas de lui venir aussitôt en aide, je n'ai qu'à me mettre à ma table de travail;
et, en peu de temps, je l'ai tiré d'affaire.... Tu vois comme c'est char-



(1. Il débutait à peine. Son premier concert à Vienne comme pianiste, eut lieu le 30 mars 1795.)



tuant 1. » Et un peu plus loin, il dit : « Mon art doit se consacrer au bien des pauvres. » ( Dann soll meine Kunst sich nur zum Besten der Armen zeigen.)



La douleur, déjà, avait frappé à sa porte;
elle s'était installée en lui, pour n'en plus sortir. Entre 1796 et 1800, la surdité commença ses ravages 2. Les oreilles lui bruissaient nuit et jour;
il était miné par des douleurs d'entrailles. Son ouïe s'affaiblissait progressivement. Pendant plusieurs années, il ne l'avoua à personne, même à ses plus chers (1. A Wegeler, 29 juin 1801 (Nohl, XIV).

« Aucun de mes amis ne doit manquer de rien, tant que j'ai quelque chose », — écrit-il à Ries, vers 1801 (Nohl, XXIV).



2. Dans le Testament de 1802, Beethoven dit qu'il y a six ans que le mal a commencé, — soit, par conséquent, en 1796. — Remarquons en passant que, dans le catalogue de ses oeuvres, l'op. 1 seul (trois trios) est antérieur à 1796. L'op. 2, les trois premières sonates pour piano, paraissent en mars 1796. On peut donc dire que l'œuvre entier de Beethoven est de Beethoven sourd.

Voir sur la surdité de Beethoven n article du D' Klotz-Forest, dans la Chronique médicale du 15 mai 1905. — L'auteur de l'article croit que le mal eut sa source dans une affection générale héréditaire (peut-être dans la phtisie de la mère). Il diagnostique un catarrhe des trompes d'Eus [p. 15] tache, en 1796, qui se transforma, vers 1799, en une otite moyenne aiguë. Mal soignée, elle passa à l'état d'otite catarrhale chronique, avec toutes ses conséquences. La surdité augmenta, sans jamais devenir complète. Beethoven percevait les bruits profonds, mieux que les sons élevés. Dans ses dernières années, il se servait, dit-on, d'une baguette de bois, dont une extrémité était placée dans la boite de son piano, et l'autre entre ses dents. Il usait de ce moyen pour entendre, quand il composait.

(Voir sur la même question : C. G. Kunn : Wiener medizinische Wochenschrift, février-mars 1892 ;
— Wilibald Nagel : Die Musik, mars 1902.)

On a conservé au musée Beethoven de Bonn les instruments acoustiques que fabriqua pour Beethoven, vers 1814, le mécanicien Maelzel.)
amis;
il évitait le monde, pour que son infirmité ne fût pas remarquée;
il gardait pour lui seul ce terrible secret. Mais, en 4801, il ne peut plus le taire;
il le confie avec désespoir à deux de ses amis : le docteur Wegeler et le pasteur Amenda :



« Mon cher, mon bon, mon affectueux Amenda,... combien souvent je te souhaite auprès de moi! Ton Beethoven est profondément malheureux. Sache que la plus noble partie de moi-même, mon ouïe, a beaucoup baissé. Déjà, à l'époque où nous étions ensemble, j'éprouvais des symptômes du mal, et je le cachais;
mais cela a toujours empiré depuis.... Guérirai-je ? Je l'espère naturellement, mais bien peu;
de telles maladies sont les plus incurables. Comme je dois vivre tristement, éviter tout ce que j'aime et tout ce qui m'est cher, et cela dans un monde si misérable, si égoïste!... Triste résignation où je dois me réfugier! Sans doute je me suis proposé de me mettre au-dessus de tous ces maux;
mais comment cela me sera-t-il possible 1 ?... »



Et à Wegeler... Je mène une vie misérable. Depuis deux ans, j'évite toutes les sociétés, parce qu'il ne m'est pas possible de causer avec les gens : je suis sourd. Si j'avais quelque autre métier, cela serait encore possible;
mais dans le mien, c'est une situation terrible Que diraient de cela mes ennemis, dont le nombre n'est pas petit !... Au théâtre, je dois me mettre tout près de l'orchestre, pour (1. 1.Nohl, Lettres de Beethoven, XIII) comprendre l'acteur. Je n'entends pas les sons élevés des instruments et des voix, si je me place un peu loin.... Quand on parle doucement, j'entends à peine,... et d'autre part, quand on crie, cela m'est intolérable.... Bien souvent, j'ai maudit mon existence.... Plutarque m'a conduit à la résignation. Je veux, si toutefois cela est possible, je veux braver mon destin;
mais il y a des moments de ma vie où je suis la plus misérable créature de Dieu.... Résignation ! quel triste refuge ! et pourtant c'est le seul qui me reste 1! »



Cette tristesse tragique s'exprime dans quelques œuvres de cette époque, dans la Sonate pathétique, op. 13 (1799), surtout dans le largo de la troisième Sonate pour piano, op. 10 (1'798). Chose étrange qu'elle ne soit pas partout empreinte, que tant d'oeuvres encore : le riant Septuor (1800), la limpide Première Symphonie ( en ut majeur, 1800), reflètent une (1. Nohl, Lettres de Beethoven, X1V. (Voir les textes.) insouciance juvénile. C'est sans doute qu'il faut du temps à l'âme pour s'accoutumer 'à la douleur. Elle a un tel besoin de la joie que, quand elle ne l'a pas, il faut qu'elle la crée. Quand le présent est trop cruel, elle vit sur le passé. Les jours heureux qui furent ne s'effacent pas d'un coup;
leur rayonnement persiste longtemps encore après qu'ils ne sont plus. Seul et malheureux à Vienne, Beethoven se réfugiait dans ses souvenirs du pays natal;
sa pensée d'alors en est tout imprégnée. Le thème de l 'andante à variations du Septuor est un Lied rhénan. La Symphonie en ut majeur est aussi une œuvre du Rhin, un poème d'adolescent qui sourit à ses rêves. Elle est gaie, langoureuse;
on y sent le désir et l'espérance de plaire. Mais dans certains passages, dans l'introduction, dans le clair-obscur de quelques sombres basses, dans le scherzo fantasque, on aperçoit, avec quelle émotion! dans cette jeune figure le regard du génie à venir. Ce sont les yeux du Dambino de Botticelli dans ses Saintes familles, ces yeux de petit enfant où l'on croit lire déjà la tragédie prochaine.





A ses souffrances physiques venaient se joindre des troubles d'un autre ordre. Wegeler dit qu'il ne connut jamais Beethoven sans une passion portée au paroxysme. Ces amours semblent avoir toujours été d'une grande pureté. Il n'y a aucun rapport entre la passion et le plaisir. La confusion qu'on établit de notre temps entre l'une et l'autre ne prouve que l'ignorance où la plupart des hommes sont de la passion, et son extrême rareté. Beethoven avait quelque chose de puritain dans l'âme ;
les conversations et les pensées licencieuses lui faisaient horreur;
il avait sur la sainteté de l'amour des idées intransigeantes. On dit qu'il ne pardonnait pas à Mozart d'avoir profané son génie à écrire un Don Juan. Schindler, qui fut son ami intime, assure qu' « il traversa la vie avec une pudeur virginale, sans avoir jamais eu à se reprocher une faiblesse ». Un tel homme était fait pour être dupe et victime de l'amour. Il le fut. Sans cesse il s'éprenait furieusement, sans cesse il rêvait de bonheurs, aussitôt déçus, et suivis de souffrances amères. C'est dans ces alternatives d'amour et de révolte orgueilleuse, qu'il faut chercher la source la plus féconde des inspirations de Beethoven, jusqu'à l'âge où la fougue de sa nature s'apaise dans une résignation mélancolique.



En 1801, l'objet de sa passion était, à ce qu'il semble, Giulietta Guicciardi, qu'il immortalisa par la dédicace de sa fameuse Sonate dite du Clair de Lune, op. 27 (1802). « Je vis d'une façon plus douce, écrit-il à Wegeler, et je me mêle davantage avec les hommes.... Ce changement, le charme d'une chère fille l'a accompli ;
elle m'aime, et je l'aime. Ce sont les premiers moments heureux que j'aie depuis deux ans 1. » Il les paya durement. D'abord cet amour lui fit sentir davantage la misère de son infirmité, et les conditions précaires de sa vie, qui lui rendaient impossible d'épouser celle qu'il aimait. (1. A Wegeler, 1G novembre 1801 (Nohl, XVIII))

Et puis Giulietta était coquette, enfantine, égoïste;
elle fit cruellement souffrir Beethoven, et en novembre 1803 elle épousa le comte Gallenberg 1. — De telles passions dévastent l'âme;
quand l'âme est déjà affaiblie par la maladie, comme l'était celle de Beethoven, elles risquent de la ruiner. Ce fut le seul moment de la vie de Beethoven, où il semble avoir été sur le point de succomber. Il traversa une crise désespérée, qu'une lettre nous fait connaître :le Testament d'Heiligenstadt, à ses frères, Carl et Johann, avec cette indication : « Pour lire et exécuter après ma mort2. » C'est un cri de révolte et de douleur déchirante. On ne peut l'entendre sans être pénétré de pitié. Il fut tout près alors de mettre fin à sa vie. Seul son (1. Elle ne craignit pas, dans la suite, d'exploiter l'ancien amour de Beethoven, en faveur de son mari. Beethoven secourut Gallenberg. « Il était mon ennemi : c'était justement la raison pour que je lui fisse tout le bien possible », dit-il à Schindler, dans un de ses cahiers de conversation de 1821. Mais il l'en méprisa davantage.. Arrivée à Vienne, écrit-il en français, elle cherchait moi, pleurant, mais je la méprisais. 2. 6 octobre 180.2 (Nohl, XXVI). Voir aux textes.) inflexible sentiment moral l'arrêta'. Ses dernières espérances de guérison disparurent. « Même le haut courage qui me soutenait s'est évanoui. 0 Providence, fais-moi apparaître une fois un jour, un seul jour de vraie joie ! Il y a si longtemps que le son profond de la vraie joie m'est étranger. Quand, oh ! quand, mon Dieu, pourrai-je la rencontrer encore ?... Jamais ? — Non, ce serait trop cruel ! »



Cela semble une plainte d'agonie;
et pourtant, Beethoven vivra vingt-cinq ans encore. Sa puissante nature ne pouvait se résigner à succomber sous l'épreuve. a Ma force physique croît plus que jamais avec ma force intellectuelle.... Ma jeunesse, oui, je le sens, ne fait que commencer. Chaque jour me rapproche du (1.. Recommandez à vos enfants la vertu ;
elle seule peut rendre heureux, non l'argent. Je parle par expérience. C'est elle qui m'a soutenu dans ma misère;
c'est à elle que je dois, ainsi qu'à mon art, de n'avoir pas terminé ma vie par le suicide. » Et dans une autre lettre, du 2 mai 1810, à Wegeler : .'Si je n'avais pas lu quelque part que l'homme ne doit pas se séparer volontairement de la vie, aussi long-temps qu'il peut encore accomplir une bonne action, depuis longtemps je ne serais plus — et sans doute par mon propre fait)
but que j'entrevois sans pouvoir le définir.... Oh! si j'étais délivré de ce mal, j'embrasserais le monde L.. Point de repos ! Je n'en connais pas d'autre. que le sommeil;
et je suis assez malheureux de devoir lui accorder plus de temps qu'autrefois. Que je sois seulement délivré à moitié de mon mal : et alors.... Non, je ne le supporterai pas. Je veux saisir le destin à la gueule. Il ne réussira pas à me courber tout à fait. — Oh ! cela est si beau, de vivre la vie mille fois 1 ! »(1. A Wegeler (Nohl, XV1II).)



Cet amour, cette souffrance, cette volonté, ces alternatives d'accablement et d'orgueil, ces tragédies intérieures se retrouvent dans les grandes oeuvres écrites en 1802: la Sonate avec marche funèbre, op. 26, la Sonate quasi una fantasia, et la Sonate dite du Clair de lune, op. 27, la Deuxième Sonate, op. 31, avec ses récitatifs dramatiques, qui semblent un monologue grandiose et désolé;
la Sonate en ut mineur pour violon, op. 30, dédiée à l'empereur Alexandre;
la Sonate à Kreutzer, op. 47;
les six héroïques et poignantes mélodies religieuses sur des paroles de Gellert, op. 48. La Seconde Symphonie, qui est de 1803, reflète davantage son juvénile amour;
et l'on sent que sa volonté prend décidément le dessus. Une force irrésistible balaye les tristes pensées. Un bouillonnement de vie soulève le finale. Beethoven veut être heureux;
il ne veut pas consentir à croire son infortune irrémédiable : il veut la guérison, il veut l'amour;
il déborde d'espoir 1.



Dans plusieurs de ces oeuvres, on est frappé par l'énergie et l'insistance des rythmes de marche et de combat. Cela est surtout sensible dans l' allegro et le finale de la Seconde Symphonie, et plus encore dans le premier morceau, (1. La miniature de Hornemann, qui est de 1802, montre Beethoven mis à la mode de l'époque, avec des favoris, les cheveux à la Titus, Pair fatal d'un héros byronien, mais cette tension de volonté napoléonienne, qui ne désarme jamais.) superbement héroïque, de la Sonate à l'empereur Alexandre. Un caractère guerrier, spécial à cette musique, rappelle l'époque d'où elle est sortie. La Révolution arrivait à Vienne. Beethoven était emporté par elle. « Il se prononçait volontiers, dans l'intimité, dit le chevalier de Seyfried, sur les événements politiques, qu'il jugeait avec une rare intelligence, d'un coup d'œil clair et net. » Toutes ses sympathies l'entraînaient vers les idées révolutionnaires. « Il aimait les principes républicains », dit Schindler, l'ami qui le connut le mieux dans la dernière période de sa vie. « Il était partisan de la liberté illimitée et de l'indépendance nationale... Il voulait que tous concourussent au gouvernement de l'État... Il voulait pour la France le suffrage universel, et il espérait que Bonaparte l'établirait, et jetterait ainsi les bases du bonheur du genre humain. » Romain révolutionnaire, nourri de Plutarque, il rêvait d'une République héroïque, fondée par le dieu de la Victoire : le premier Consul;
et, coup sur coup, il forge la Symphonie héroique : Bonaparte (1804) 1 l'Iliade de l'Empire, et le finale de la Symphonie en ut mineur (1805-1808), l'epopée de la Gloire. Premiere musique vraiment revolutionnaire : l'âme du temps y revit avec l'intensité et la pureté qu'ont les grands évenements dans les grandes Âmes solitaires, dont les impressions ne sont pas amoindries par le contact de la réalité.



(1. On sait que la Symphonie héroïque fut écrite pour et sur Bonaparte, et que le premier manuscrit porte encore le titre : Buonaparte. Sur ces entrefaites, Beethoven apprit le couronnement de Napoléon. Il entra en fureur : « Ce n'est done qu'un homme ordinaire! » cria-t-il ;
et dans son indignation, il dechira la dédicace, et eerivit ce titre vengeur et touchant a la fois : « Symphonie héroïque ... pour célébrer le souvenir d'un grand Homme. » (Sinfonia eroica... composta per festeggiare it sovvenire di un grand Uomo.) Schindler raconte que dans la suite, it se départit un peu de son mépris pour Napoléon ;
it ne vit plus en lui qu'un malheureux digne de compassion, un Icare précipité du ciel. Quand it apprit la catastrophe de Sainte-Hélène, en 1821, il dit : « II y a dix sept ans que j'ai écrit la musique qui convient à ce triste evenement. » Il se plaisait a reconnaître dans la Marche funèbre de sa symphonie un pressentiment de la fin tragique du conquérant. — Il est donc bien probable que la Symphonie héroïque, et surtout son premier morceau, était, dans la pensée de Beethoven, une sorte de portrait de Bonaparte, très different du modèle, sans doute, mais tel qu'il l'imaginait, et tel qu'il l'eut voulu : le génie de la Révolution. Beethoven reprend d'ailleurs dans le finale de l'Heroïque une des phrases principales de la partition qu'il avait déjà écrite pour le héros revolutionnaire par excellence, le dieu de la Liberté : Prométhée (1801))



La figure de Beethoven s'y montre colorée des reflets de ces guerres épiques. Partout elles s'expriment, peut-être à son insu, dans les œuvres de cette période : dans l' Ouverture de Coriolan (1807), où soufflent des tempêtes, dans le Quatrième quatuor, op. 18, dont le premier morceau a tant de parenté avec cette ouverture ;
dans la Sonate Appassionata, op. 57 (1801), dont Bismarck disait : « Si je l'entendais souvent, je serais toujours très vaillant 1 » : dans la partition d' Egmont;
et jusque dans ses concertos pour piano, dans ce concerto en mi bémol, op. 73 (1809), où la virtuosité même se fait héroïque, où passent des armées. — Comment s'en étonner ? Si Beethoven ignorait, en écrivant la Marche funèbre sur la mort d'un héros



(1. Robert de Keudell, ancien ambassadeur d'Allemagne à Rome : Bismarck et sa famille, 1901, traduction française de E.-B. Lang.

Robert de Keudell joua cette sonate à Bismarck, sur un mauvais piano, le 30 octobre 1870, à Versailles. Bismarck disait de la dernière phrase de l'oeuvre : « Ce sont les luttes et les sanglots de toute une vie. » Il préférait Beethoven à tout autre musicien, et, plus d'une fois, affirma : « Beethoven convient le mieux à mes nerfs »)



(de la sonate op. 26), que le héros le plus digne de ses chants, celui qui plus que Bonaparte s'approcha du modèle de la Symphonie héroïque, Hoche, venait de mourir près du Rhin, que domine encore son monument funèbre, du haut d'une petite colline entre Coblentz et Bonn, — à Vienne même, il avait vu deux fois la Révolution victorieuse. Ce sont les officiers français qui assistent en novembre 1805, à la première de Fidelio . C'est le général Hulin, le vainqueur de la Bastille, qui s'installe chez Lobkowitz, l'ami et le protecteur de Beethoven, celui à qui sont dédiés l' Héroïque et l' Ut mineur. Et le 10 mai 1809, Napoléon couche à Schoenbrunn 1.



(1. La maison de Beethoven était sise près des fortifications de Vienne, que Napoléon fit sauter après la prise de la ville. « Quelle vie sauvage, que de ruines autour de moi ! — écrit Beethoven aux éditeurs Breitkopf et Haertel, le 26 juin 1809;
— rien que tambours, trompettes, misères de toute sorte !

Un portrait de Beethoven, à cette époque, nous a été laissé par un Français qui le vit à Vienne, en 1809 : le baron deTrémon, auditeur au Conseil d'État. Il fait une description pittoresque du désordre qui régnait dansl'appartement de Beethoven. Il scausèrent ensemble de philosophie, de religion, de politique, « et surtout de Shakespeare, son idole ». Beetnoven était assez disposé à suivre Trémont à Paris, où [p. 29] il savait que le Conservatoire exécutait déjà ses symphonies, et où il avait des admirateurs enthousiastes. — (Voir, dans le Mercure musical du 1er mai 1906, Une visite à Beethoven, par le baron de Trémont;
publié par J. Chantavoine.))







Bientôt Beethoven haïra les conquérants français. Mais il n'en a pas moins senti la fièvre de leur épopée;
et qui ne la sent pas comme lui, ne comprendra qu'à demi cette musique ld'aclions et de triomphes impériaux.



Beethoven interrompit brusquement la Symphonie en ut mineur, pour écrire d'un jet, sans ses esquisses habituelles, la Quatrième Symphonie. Le bonheur lui était apparu. En mai 1806, il se fiançait avec Thérèse de Brunswick. 1 Elle



(1. Ou plus exactement, Thérèse Brunsvik. Beethoven avait fait la connaissance des Brunsvik à Vienne, entre 1796 et 1799. Giulietta Guicciardi était la cousine de Thérèse. Beethoven semble s'être épris aussi, pendant un temps, d'une soeur de Thérèse, Joséphine, qui épousa le comte Deym, puis en secondes noces le baron Stackelberg. — On trouvera les détails les plus vivants sur la famille Brunsvik dans un article de M. André de Hevesy : Beethoven et l'Immortelle Bien-aimée (Revue de Paris, 1er et 15 mars 1910). M. de Hevesy a utilisé, pour cette étude, les Mémoires manuscrits et les papiers de Thérèse, conservés à Mârtonvàsàr [p. 30] en Hongrie. Tout en montrant l'intimité affectueuse de Beethoven avec les Brunsvik, il remet en question son amour pour Thérèse. Mais ses arguments ne semblent pas convaincants;
et je me réserve de les discuter, quelque jour.-) l'aimait depuis longtemps, — depuis que, petite fille, elle prenait avec lui des leçons de piano, dans les premiers temps de son séjour à Vienne. Beethoven était ami de son frère, le comte François. En 1806, il fut leur hôte à Mârtonvàsàr en Hongrie, et c'est là qu'ils s'aimèrent. Le souvenir de ces jours heureux s'est conservé dans quelques récits de Thérèse de Brunswick (Mariam Tenger : Beethoven's unsterbliche Geliebte, Bonn, 1890.) « Un soir de dimanche, dit-elle, après dîner, au clair de lune, Beethoven s'assit au piano. D'abord il promena sa main à plat sur le clavier. François et moi nous connaissions cela. C'était ainsi qu'il préludait toujours. Puis il frappa quelques accords sur les notes basses;
et, lentement, avec une solennité mystérieuse, il joua un chant de Sébastien Bach (C'est l'air admirable qui figure dans l'Album de la femme de J.-S. Bach, Anna Magdalena (1725), sous le titre : Aria di Giovannini. On a discuté son attribution à J.-S. Bach.)





« Si tu veux me donner ton coeur, que ce soit d'abord en secret ;
et notre pensée commune, que nul ne la puisse deviner. » Ma mère et le curé s'étaient endormis ;
mon frère regardait devant lui, gravement;
et moi, que son chant et son regard pénétraient, je sentis la vie en sa plénitude. — Le lendemain matin, nous nous rencontrâmes dans le parc. Il me dit : « J'écris à présent un opéra. La principale figure est en moi, devant moi, partout où je vais, partout où je reste. Jamais je n'ai été à une telle hauteur. Tout est lumière, pureté, clarté. Jusqu'à présent, je ressemblais à cet enfant des contes de fée qui ramasse les cailloux, et ne voit pas la fleur splendide, fleurie sur son chemin.... » C'est au mois de mai 1806, que je devins sa fiancée, avec le seul consentement de mon bien-aimé frère François. »



La Quatrième Symphonie, écrite cette année, est une pure fleur, qui garde le parfum de ces jours les plus calmes de sa vie. On y a justement remarqué « la préoccupation de Beethoven, alors, de concilier autant que possible son génie avec ce qui était généralement connu et aimé dans les formes transmises par ses prédécesseurs 1 ». Le même esprit conciliant, issu de l'amour, agissait sur ses manières et sur sa façon de vivre. lgnaz von Seyfried et Grillparzer disent qu'il est plein d'entrain, vif, joyeux, spirituel, courtois dans le monde, patient avec les importuns, vêtu de façon recherchée ;
et il leur fait illusion, au point qu'ils ne s'aperçoivent pas de sa surdité, et disent qu'il est bien portant, sauf sa vue qui est faible 2. C'est aussi l'idée que donne de lui un portrait d'une élégance romantique et un peu apprêtée, que peignit alors Maehler. Beethoven veut plaire, et il sait qu'il plaît. (1. Nohl, Vie de Beethoven.



2. Beethoven était myope, en effet. lgnaz von Seyfried dit que sa faiblesse de vue avait été causée par la petite vérole, et qu'elle l'obligeait, tout jeune, à porter des lunettes. La myopie devait contribuer au caractère égaré de ses yeux. Ses lettres de 1823-1824 contiennent des plaintes fréquentes au sujet de ses yeux, qui le font souffrir. — Voir les articles de Christian Kalischer : Beethovens Augens und Augenleiden (Die Musik, 15 mars-1er avril 1902).



Le lion est amoureux : il rentre ses griffes. Mais on sent sous ses jeux, sous les fantaisies et la tendresse même de la Symphonie en si bémol, la redoutable force , l'humeur capricieuse, les boutades colériques.



Cette paix profonde ne devait pas durer;
mais l'influence bienfaisante de l'amour se prolongea jusqu'en 1810. Beethoven lui dut sans doute la maîtrise de soi, qui fit alors produire à son génie ses fruits les plus parfaits : cette tragédie classique, la Symphonie en ut mineur, — et ce divin rêve d'un jour d'été : la Symphonie pastorale (1808) 1. — L' Appassionata, inspirée de la Tempête de Shakespeare 2, et qu'il regardait comme la plus puissante de ses sonates, paraît en 1807, et est dédiée au frère de Thérèse. A Thérèse elle-même il dédie la rêveuse et fantasque sonate, op. 18 (1809). Une lettre, sans dates, et adressée A l'immortelle Aimée exprime,



1. La musique de scène pour l'Egmont de Goethe fut commencée en 1809 — Beethoven eût voulu écrire aussi la musique de Guillaume Tell;
mais on lui préféra Gyrowetz.



2. Conversation avec Schindler.



3. Mais écrite, à ce qu'il semble, à Korompa, chez les Brunsvik.



[p. 34]



non moins que l'Appassionata, l'intensité de son amour :



« Mon ange, mon tout, mon moi... j'ai le coeur gonflé du trop que j'ai à te dire... Ah ! où je suis, tu es aussi avec moi... Je pleure, quand je pense que tu ne recevras probablement pas avant dimanche les premières nouvelles de moi. — Je t'aime, comme tu m'aimes, mais bien plus fort... Ah! Dieu ! — Quelle vie ainsi ! Sans toi ! — Si près, si loin. — ... Mes idées se pressent vers toi, mon immortelle aimée ( meine unsterbliche Geliebte), parfois joyeuses, puis après tristes, interrogeant le destin, lui demandant s'il nous exaucera. — Je ne puis vivre qu'avec toi, ou je ne vis pas... Jamais une autre n'aura mon coeur . Jamais! — Jamais ! — 0 Dieu ! pourquoi faut-il s'éloigner quand on s'aime ? Et pourtant ma vie, comme elle est à présent, est une vie de chagrins. Ton amour m'a fait à la fois le plus heureux et le plus malheureux des hommes. — ... Sois paisible..., sois paisible — aime-moi !



[p. 35]



— Aujourd'hui, — hier, — quelle ardente aspiration, que de larmes vers toi ! — toi — toi — ma vie — mon tout ! — Adieu ! — oh ! continue de m'aimer, — ne méconnais jamais le coeur de ton aimé L. — Éternellement à toi — éternellement à moi — éternellement à nous 1. »



Quelle raison mystérieuse empêcha le bonheur de ces deux êtres qui s'aimaient ? — Peut-être le manque de fortune, la différence de conditions. Peut-être Beethoven se révolta-t-il contre la longue attente qu'on lui imposait, et contre l'humiliation de tenir son amour indéfiniment secret.



Peut-être, violent, malade et misanthrope, comme il était, fit-il souffrir sans le vouloir celle qu'il aimait, et s'en désespérait-il. — L'union fut rompue ;
et pourtant ni l'un ni l'autre ne semble avoir jamais oublié son amour. Jusqu'à son dernier jour (elle ne mourut qu'en

1861), Thérèse de Brunswick aima Beethoven.



Et Beethoven disait, en 1816 : « En pensant à elle, mon coeur bat aussi fort que le jour où je la vis pour la première fois. » De cette même année sont les six mélodies à la bien-aimée lointaine ( an die ferne Geliebte), op. 98, d'un caractère si touchant et si profond. Il écrit dans ses notes : « Mon coeur déborde à l'aspect de cette admirable nature, et pourtant Elle n'est pas là, près de moi! » — Thérèse avait donné son portrait à Beethoven, avec la dédicace : « Au rare génie, au grand artiste, à l'homme bon. T. B. 1 ». Dans la dernière année de sa vie, un ami surprit Beethoven, seul, embrassant ce portrait en pleurant, et parlant tout haut suivant son habitude : « Tu étais si belle, si grande, pareille aux anges ! » L'ami se retira, revint un peu plus tard, le trouva au piano, et lui dit : « Aujourd'hui, mon (1. Ce portrait se trouve encore aujourd'hui dans la maison de Beethoven, à Bonn. Il est reproduit dans la Vie de Beethoven par Frimmel, p. 29, et dans le Musical Times du 15 decembre 1892) vieil ami, il n'y a rien de diabolique sur votre visage. » Beethoven répondit : « C'est que mon bon ange m'a visité. » — La blessure fut profonde. « Pauvre Beethoven, dit-il lui–même, il n'est pont de bonheur pour toi dans ce monde. Dans les régions de l'idéal seulement, tu trouveras des amis »



Il écrit dans ses notes : « Soumission, soumission profonde à ton destin : tu ne peux plus exister pour toi, mais seulement pour les autres;
pour toi, il n'y a plus de bonheur qu'en ton art. 0 Dieu, donne-moi la force de me vaincre ! »



Il est donc abandonné par l'amour. En 1810, il se trouve seul ;
mais la gloire est venue, et le sentiment de sa puissance. Il est dans le force de l'êge.

(I. A Gleichenstein (Nohl, Neue Briefe Beethovens, XXXI).)





Il se livre à son humeur violente et sauvage, sans se soucier de rien, sans égards au monde, aux conventions, aax jugements des autres. Qu'a-t-il à craindre ou à ménager ? Plus d'amour et plus d'ambition. Sa force, voilà ce qui lui reste, la joie de sa force, et le besoin d'en user, presque d'en abuser. « La force, voilà la morale des hommes qui se distinguent du commun des hommes. » Il est retombé dans la négligence de sa mise ;
et sa liberté de manières est devenue bien plus hardie qu'autrefois. Il sait qu'il a le droit de tout dire, même aux plus grands. « Je ne reconnais pas d'autres signes de supériorité que la bonté », écrit-il le 17 juillet 1812 1.(1. « Le coeur est le levier de tout ce qu'il y e de grand ». (A Giannatasio del Rio. — Nohl, CLXXX.))

Bettina Brentano, qui le vit alors, dit qu' « aucun empereur, aucun roi n'avait une telle conscience de sa force s. Elle fut fascinée par sa puissance : « Lorsque je le vis pour la première fois, écrit-elle à Goethe, l'univers tout entier disparut pour moi. Beethoven me fit oublier le monde, et toi-même, ô Goethe.... Je ne crois pas me tromper, en assurant que cet homme est de bien loin en avance sur la civilisation moderne. s Goethe chercha à connaître Beethoven. Ils se rencontrèrent aux bains de Bohème, à Tœplitz, en 1812, et s'entendirent assez mal. Beethoven admirait passionnément le génie de Goethe 1 ;
mais son caractère était trop libre et trop violent pour s'accommoder de celui de Goethe, et pour ne pas le blesser.



(1. « Les poésies de Goethe me rendent heureux » , écrit-il à Bettina Brentano, le 19 février 1811.



Et ailleurs :



« Goethe et Schiller sont mes poètes préférés, avec Ossian et Homère, que je ne puis malheureusement lire que dans des traductions. » (A Breitkopf et Haertel, 8 août 1809. — Nohl, Neue Briefe, LIII.)



I1 est à remarquer combien, malgré son éducation négligée, le goût littéraire de Beethoven était sûr. En dehors de Goethe, dont il a dit qu'il lui semblait « grand, majestueux, toujours en ré majeur », et au-dessus de Goethe, il aimait trois hommes : Homère, Plutarque et Shakespeare. D'Homère, il préférait l'Odyssée. Il lisait continuellement Shakespeare dans la traduction allemande, et l'on sait avec quelle grandeur tragique il a traduit en musique Coriolan et la Tempête. Quant à Plutarque, il s'en nourrissait, comme les hommes de la Révolution. Brutus était son héros, ainsi qu'il fut celui de Michel Ange;
il avait sa statuette dans sa chambre. Il aimait Platon, et rêvait d'établir sa République dans le monde entier. « Socrate et Jésus ont été mes modèles », a-t-il dit quelque part. (Conversations de 1819-20.))





Il a raconté lui-même une promenade qu'ils firent ensemble, où l'orgueilleux républicain qu'il était donna une leçon de dignité au conseiller aulique du grand-duc de Weimar, qui ne le lui pardonna point.



« Les rois et les princes peuvent bien faire des professeurs et des conseillers secrets ;
ils peuvent les combler de titres et de décorations;
mais ils ne peuvent pas faire des grands hommes, des esprits qui s'élèvent au-dessus de la fiente du monde ;
... et quand deux hommes sont ensemble, tels que moi et Goethe, ces messieurs doivent sentir notre grandeur. — Hier, nous avons rencontré, sur le chemin, en rentrant, toute la famille impériale. Nous la vîmes de loin. Goethe se détacha de mon bras, pour se ranger sur le côté de la route. J'eus beau lui dire tout ce que je voulus, je ne pus lui faire faire un pas de plus. J'enfonçai alors mon chapeau sur ma tête, je boutonnai ma redingote, et je fonçai, les bras derrière le dos, au milieu des groupes les plus épais. — Princes et courtisans ont fait la haie ;
le duc Rodolphe m'a ôté son chapeau;
madame l'impératrice m'a salué la première. — Les grands me connaissent. — Pour mon divertissement, je vis la procession défiler devant Goethe. Il se tenait sur le bord de la route, profondément courbé, son chapeau à la main. Je lui ai lavé la tête après, je ne lui ai fait grâce de rien 1.... » Goethe n'oublia pas non plus 2.



(1. A Bettina von Arnim (Nohl, XCI).



2. « Beethoven, disait Goethe à Zelter, est malheureusement une personnalité tout à fait indomptée ;
il n'a sans doute pas tort de trouver le monde détestable ;
mais ce n'est pas le moyen de le rendre agréable pour lui et pour les autres. Il faut l'excuser et le plaindre, car il est sourd. » — Il ne fit rien dans la suite contre Beethoven, mais il ne fit rien pour lui : silence complet sur son oeuvre, et jusque sur son nom. — Au fond, il admirait, mais redoutait sa musique : elle le troublait ;
il craignait qu'elle ne lui flt perdre le calme de l'âme, qu'il avait conquis au prix de tant de peines, et qui, contre l'opinion courante, ne lui était rien moins que naturel. Il ne l'avouait pas aux autres, ni peut-être à soi-même. — Une lettre du jeune Félix Mendelssohn, qui passa par Weimar en 1830, fait pénétrer innocemment dans les profondeurs de cette âme trouble et passionnée (leidenschaftlicher Sturm una Verworrenheit, comme Goethe disait lui-méme), qu'une intelligence puissante maltrisait.



« ... D'abord, écrit Mendelssohn, il ne voulait pas entendre parler de Beethoven ;
mais il lui fallut en passer par là, et écouter le premier morceau de la Symphonie en ut mineur, qui le remua étrangement. Il n'en voulut rien laisser paraître, et se contenta de me dire : « Cela ne touche point, cela ne fait qu'étonner ». Au bout d'un certain temps, il reprit : « C'est grandiose, insensé;
on dirait que la maison va s'écrouler ». Survint le dîner, pendant lequel il demeura tout pensif, jusqu'au moment où, retombant de nouveau sur Beethoven, il se mit à m'interroger, à m'examiner. Je vis bien que l'effet était produit.... »



(Sur les rapports de Goethe et de Beethoven, voir divers articles de Frimmel.))





De cette date sont les Septième et Huitième Symphonies, écrites en quelques mois, à Tceplitz, en 1812 : l'Orgie du Rythme, et la Symphonie humoristique, les oeuvres où il s'est montré peut-être le plus au naturel, et, comme il disait, le plus « déboutonné » ( aufgeknoepft), avec ces transports de gaieté et de fureur, ces contrastes imprévus, ces saillies déconcertantes et grandioses, ces explosions titaniques qui plongeaient Goethe et Zelter dans l'effroi (1. Lettre de Goethe à Zelter, 2 septembre 1812. — Zelter à Goethe, 14 septembre 1812 : «Auch ich bewundere ihn mit Schrecken. » « Moi aussi, je l'admire avec effroi ». — Zelter écrit en 1819 à Goethe : « On dit qu'il est fou ») et faisaient dire de la Symphonie en la, dans l'Allemagne du Nord, que c'était l'oeuvre d'un ivrogne.

— D'un homme ivre, en effet, mais de force et de génie. « Je suis, a-t-il dit lui-même, je suis le Bacchus qui broie le délicieux nectar pour l'humanité. C'est moi qui donne aux hommes la divine frénésie de l'esprit. » Je ne sais si, comme l'a écrit Wagner, il a voulu peindre dans le finale de sa Symphonie une fête dionysiaque (1. C'est, en tout cas, un sujet auquel Beethoven a pensé : car nous le trouvons drns ses notes, et, particulièrement, Jans ses projets d'une Dixième Symphonie.) Je reconnais surtout dans cette fougueuse kermesse la marque de son hérédité flamande, de même que je retrouve son origine dans son audacieuse liberté de langage et de manières, qui détonne super- bernent dans le pays de la discipline et de l'obéissance. Nulle part plus de franchise et de libre puissance que dans la Symphonie en la. C'est une dépense folle d'énergies surhumaines, sans but, pour le plaisir, un plaisir de fleuve qui déborde et submerge. Dans la Huitième Symphonie, la force est moins grandiose, mais plus étrange encore, et plus caractéristique de l'homme, mêlant la tragédie à la farce, et une vigueur herculéenne à. des jeux et des caprices d'enfant 1.



1814 marque l'apogée de la fortune de Beethoven. Au Congrès de Vienne, il fut traité comme une gloire européenne. Il prit une part active aux fêtes. Les princes lui rendaient hommage ;
et il se laissait fièrement faire la cour par eux, comme il s'en vantait à Schindler.



Il s'était enflammé pour la guerre d'indépendance 2. En 1813, il écrivit une symphonie de la Victoire de Wellington, et, au commencement de 1814, un choeur guerrier : Renaissance de l'Allemagne ( Germanias Wiedergeburt). Le 29 novembre 1814, il dirigea, devant un public de rois, une cantate patriotique : le Glorieux moment ( Der glorreiche Augenblicic),

(1. Contemporaine, et peut-être inspiratrice, parfois, de ces oeuvres est son intimité très tendre avec la jeune cantatrice berlinoise Amalie Sebald.

2. Bien différent de lui en ceci, Schubert avait écrit en 1807 une oeuvre de circonstance, « en l'honneur de Napoléon le Grand », et en dirigea lui-même l'exécution devant l'Empereur.)

et il composa pour la prise de Paris, en 1815, un choeur : Tout est consommé ! ( Es ist vollbracht !) Ces oeuvres de circonstance firent plus pour sa réputation que tout le reste de sa musique. La gravure de Blasius Hoefel, d'après un dessin du Français Letronne, et le masque farouche, moulé sur son visage par Franz Klein en 1812, donnent l'image vivante de Beethoven au temps du Congrès de Vienne. Le trait dominant de cette face de lion, aux mâchoires serrées, aux plis colères et douloureux, est la volonté, —une volonté napoléonienne. On reconnaît l'homme, qui disait de Napoléon, après Iéna : « Quel malheur que je ne me connaisse pas à. la guerre comme à la musique ! Je le battrais! » — Mais son royaume n'était pas de ce monde. « Mon empire est dans l'air », comme il l'écrit à François de Brunswick. (Mein Reich ist in der Luft 1.)(1. « Je ne vous dis rien de nos monarques et de leurs monarchies », écrit-il à Kauka pendant le Congrès de Vienne. « Pour moi, l'empire de l'esprit est le plus cher de tous : c'est le premier de tous les royaumes temporels et spirituels. » (Mir ist das geistige Reich das Liebste, und der Oberste aller geistlichen und welilichen Monarchien.))





A cette heure de gloire succède la période la plus triste et la plus misérable.



Vienne n'avait jamais été sympathique à Beethoven. Un génie fier et libre, comme le sien, ne pouvait se plaire dans cette ville factice, d'esprit mondain et médiocre, que Wagner a si durement marquée de son mépris 1 (1. Vienne, n'est-ce point tout dire ? — Toute trace du protestantisme allemand effacée ;
même l'accent national, perdu, italianisé. L'esprit allemand, les manières et les moeurs allemandes, expliquées par des manuels de provenance italienne et espagnole.... Le pays d'une histoire falsifiée, d'une science falsifiée, d'une religion falsifiée.... Un scepticisme frivole, qui devait ruiner et ensevelir l'amour de la vérité, et de l'honneur, et de l'indépendance !... (Wagner, Beethoven, 1870.)

Grillparzer a écrit que c'était un malheur d'être né Autrichien. Les grands compositeurs allemands de la tin du xix' siècle, qui ont vécu à Vienne, ont cruellement souffert de l'esprit de cette ville livrée au culte pharisien de Brahms. La vie de Bruckner y fut un long martyre. Itugo Wolf, qui se débattit furieusement, avant de succomber, a exprimé sur Vienne des jugements implacables.)



Il ne perdait aucune occasion de s'en éloigner ;
et vers 1808, il avait songé sérieusement à quitter l'Autriche, pour venir à la cour de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie 1.(1. Le roi Jérôme avait offert à Beethoven un traitement de six cents ducats d'or, sa vie durant, et une indemnité de voyage de cent cinquante ducats d'argent, contre l'unique engagement de jouer quelquefois devant lui, et de diriger ses concerts de musique de chambre, qui ne devaient être ni longs, ni fréquents. (Nohl, XLI X.) Beethoven fut tout près de partir.) Mais Vienne était abondante en ressources musicales ;
et il faut lui rendre cette justice, qu'il s'y trouva toujours de nobles dilettantes pour sentir la grandeur de Beethoven et pour épargner à leur patrie la honte de le perdre. En 1809, trois des plus riches seigneurs de Vienne : l'archiduc Rodolphe, élève de Beethoven, le prince Lobkowilz, et le prince Kinsky, s'étaient engagés à lui servir annuellement une pension de 4 000 florins, sous la seule condition qu'il resterait en Autriche : « Comme il est démontré, disaient-ils, que l'homme ne peut entièrement se vouer à son art qu'à la condition d'être libre de tout souci matériel, et que ce n'est qu'alors qu'il peut produire ces oeuvres sublimes qui sont la gloire de l'art, les soussignés ont formé la résolution de mettre Ludwig van Beethoven à l'abri du besoin, et d'écarter ainsi les obstacles misérables qui pourraient s'opposer à l'essor de son génie. »



Malheureusement l'effet ne répondit pas aux promesses. Cette pension fut toujours fort inexactement payée ;
bientôt elle cessa tout à fait de l'être. Vienne avait d'ailleurs changé de caractère après le Congrès de 1814. La société était distraite de l'art par la politique, le goût musical gâté par l'italianisme, et la mode, tout à Rossini, traitait Beethoven de pédant 1. (1. Le Tancrède de Rossini suffit à ébranler tout l'édifice de la musique allemande. Bauernfeld, cité par Ehrhard, note dans son Journal ce jugement qui circulait dans les salons de Vienne, en 1816 : « Mozart et Beethoven sont de vieux pédants ;
la bêtise de l'époque précédente les goûtait ;
c'est seulement depuis Rossini qu'on sait ce que c'est que la mélodie. Fidelio est une ordure ;
on ne comprend pas qu'on se donne la peine d'aller s'y ennuyer. » Beethoven donna son dernier concert, comme pianiste, en 1814.)





Les amis et les protecteurs de Beethoven se dispersèrent ou moururent : le prince Kinsky en 1812, Lichnowsky en 1814, Lobkowitz en 1816. Rasumowsky, pour qui il avait écrit ses admirables quatuors, op. 59, donna son dernier concert en février 1815. En 1815, Beethoven se brouille avec Stephan von Breuning, son ami d'enfance, le frère d'Éléonore 1. Il est désormais seul : « Je n'ai point d'amis et je suis seul au monde », écrit-il dans ses notes de 1816.



La surdité était devenue complète 2. (1. La même année, Beethoven perdit son frère Carl : « Il tenait beaucoup à la vie, autant que je perdrais volontiers la mienne », écrivait-il à Antonia Brentano.

2. En dehors de la surdité, sa santé empirait de jour en jour. Depuis octobre 1816, il était très malade d'un catarrhe inflammatoire. Pendant l'été de 1817, son médecin lui dit que c'était une maladie de poitrine. Dans l'hiver 1817-1818, il se tourmenta de cette soi-disant phtisie. Puis ce furent des rhumatismes aigus en 1820-1821, une jaunisse en 1821, une conjonctivite en 1823. — Beethoven écrit à Franz Brentano, le 12 novembre 1821 (en pleine composition de la Messe en ré : « Depuis l'année dernière jusqu'à maintenant, j'ai été toujours malade.... Maintenant, cela va mieux, Dieu merci, et il me semble que je puis vivre de nouveau pour mon art, — ce qui à proprement parler n'est pas le cas, depuis deux ans, par manque de bonne santé, aussi bien que pour tant d'autres souffrances ».)





Depuis l'automne de 1815, il n'a plus de relations que par écrit avec le reste des hommes. Le plus ancien cahier de conversation est de 1816 1(1. Remarquer que de cette année date, dans sa musique un changement de style, inauguré par la sonate op. 101. Les cahiers de conversation de Beethoven, formant plus de 11 000 pages manuscrites, se trouvent réunis aujourd'hui a la Bibliothèque royale de Berlin). On connaît le douloureux récit de Schindler sur la représentation de Fidelio en 1822. « Beethoven demanda à diriger la répétition générale.... Dès le duetto du premier acte, il fut évident qu'il n'entendait rien de ce qui se passait sur la scène. Il retardait considérablement le mouvement;
et, tandis que l'orchestre suivait son bâton, les chanteurs pressaient pour leur compte. Il s'ensuivit une confusion générale. Le chef d'orchestre ordinaire, Umlauf, proposa un instant de repos, sans en donner la raison ;
et, après quelques paroles échangées avec les chanteurs, on recommença. Le même désordre se produisit de nouveau. Il fallut faire une seconde pause. L'impossibilité de continuer sous la direction de Beethoven était évidente;
mais comment le lui faire comprendre? Personne n'avait le coeur de lui dire : « Retire-toi, pauvre malheureux, tu ne peux pas diriger s. Beethoven, inquiet, agité, se tournait à droite et à gauche, s'efforçait de lire dans l'expression des différentes physionomies, et de comprendre d'où venait l'obstacle : de tous côtés, le silence. Tout à coup, il m'appela d'une façon impérieuse. Quand je fus près de lui, il me présenta son carnet et me fit signe d'écrire. Je traçai ces mots : « Je vous supplie de ne pas continuer;
je vous expliquerai à la maison pourquoi ». D'un bond, il sauta dans le parterre, me criant : « Sortons vite! » Il courut d'un trait jusqu'à sa maison ;
il entra et se laissa tomber inerte sur un divan, se couvrant le visage avec les deux mains ;
il resta ainsi jusqu'à l'heure du repas. A table, il ne fut pas possible d'en tirer une parole ;
il conservait l'expression de l'abattement et de la douleur la plus profonde. Après dîner, quand je voulus le laisser, il me retint, m'exprimant le désir de ne pas rester seul. Au moment de nous séparer, il me pria de l'accompagner chez son médecin, qui avait une grande réputation pour les maladies de l'oreille.... Dans toute la suite de mes rapports avec Beethoven, je ne trouve pas un jour qui puisse se comparer à ce jour fatal de novembre.... Il avait été frappé au coeur, et, jusqu'au jour de sa mort, il vécut sous l'impression de cette terrible scène 1. »(1. Schindler, qui devint l'intime de Beethoven, depuis 1819, était entré en relations avec lui dès 1814;
mais Beethoven avait eu la plus grande peine à lui accorder son amitié;
il le traitait d'abord avec une ha Iteur méprisante.)



Deux ans plus tard, le 7 mai 1824, dirigeant la Symphonie avec choeurs (ou plutôt, comme dit le programme, « prenant part à la direction du concert »), il n'entendait rien du fracas de toute la salle qui l'acclamait;
il ne parvenait à s'en douter, que lorsqu'une des chanteuses, le prenant par la main, le tournait du côté du public, et qu'il voyait soudain les auditeurs debout, agitant leurs chapeaux, et battant des mains. — Un voyageur anglais, Russel, qui le vit au piano, vers 1825, dit que quand il voulait jouer doucement, les touches ne résonnaient pas, et que cela était saisissant de suivre dans ce silence l'émotion qui l'animait, sur sa figure et ses doigts crispés.



Muré en lui-même 1 séparé du reste des hommes, il n'avait de consolation qu'en la nature. « Elle était sa seule confidente », dit Thérèse de Brunswick. Elle fut son refuge. Charles Neate, qui le connut en 1815, dit qu'il ne vit jamais personne qui aimât aussi parfaitement les fleurs, les nuages, la nature 2(1. Voir les admirables pages de Wagner sur la surdité de Beethoven. (Beethoven, 1870.)



2. Il aimait les bêtes et avait pitié d'elles. La mère de l'historien von Frimmel racontait qu'elle avait conservé longtemps une haine involontaire pour Beethoven, parce que, quand elle était petite fille, il chassait avec son mouchoir tous les papillons qu'elle voulait prendre.)


il semblait en vivre. — « Personne sur terre ne peut aimer la campagne autant que moi, écrit Beethoven.... J'aime un arbre plus qu'un homme.... » — Chaque jour, à Vienne, il faisait le tour des remparts. A la campagne, de l'aurore à la nuit, il se promenait seul, sans chapeau, sous le soleil, ou la pluie. « Tout-Puissant ! — Dans les bois je suis heureux, —heureux dans les bois — où chaque arbre parle par toi. — Dieu, quelle splendeur ! — Dans ces forêts, sur les collines, — c'est le calme, — le calme pour te servir. »



Son inquiétude d'esprit y trouvait quelque répit 1(1. Il se trouvait toujours mal logé. En trente-cinq ans, il changea trente fois d'appartement, à Vienne.). Il était harcelé par les soucis d'argent. Il écrit en 1818: « Je suis presque réduit à la mendicité, et je suis forcé d'avoir l'air de ne pas manquer du nécessaire ». Et ailleurs : « La sonate op. 106 a été écrite dans des circonstances pressantes. C'est une dure chose de travailler pour se procurer du pain. » Spohr dit que souvent il ne pouvait sortir, à cause de ses souliers troués. Il avait de fortes dettes envers ses éditeurs, et ses oeuvres ne lui rapportaient rien. La Messe en ré, mise en souscription, recueillit sept souscripteurs (dont pas un musicien) 1. Il recevait à peine trente ou quarante ducats pour ses admirables sonates, dont chacune lui coûtait trois mois de travail. Le prince Galitzin lui faisait composer ses quatuors, op. 127, 130, 132, ses oeuvres les plus profondes peut-être et qui semblent écrites avec son sang ;
il ne les lui payait pas. Beethoven se consumait dans des difficultés domestiques, dans des procès sans fin, afin d'obtenir les pensions qu'on lui devait, ou de conserver la tutelle d'un neveu, le fils de son frère Charles, mort de la phtisie en 1815.



11 avait reporté sur cet enfant le besoin de dévouement dont son coeur débordait. Il se réservait là encore de cruelles souffrances. Il semble qu'une sorte de grâce d'état ait pris soin de renouveler sans cesse et d'accroître sa misère, pour que son génie ne manquât point d'ali-



1. Beethoven s'était adressé personnellement à Cherubini, qui était « de ses contemporains celui qu'il estimait le plus ». (Nohl, Lettres de Beethoven, CCL.) Cherubini ne répondit Pas.



ments. — Il lui fallut d'abord disputer le petit Charles à la mère indigne, qui voulait le lui enlever :



« 0 mon Dieu, écrit-il, mon rempart, ma défense, mon seul refuge ! tu lis dans les profondeurs de mon âme, et tu sais les douleurs que j'éprouve, lorsqu'il faut que je fasse souffrir ceux qui veulent me disputer mon Charles, mon trésor' ! Entends-moi, Être que je ne sais comment nommer, exauce l'ardente prière de la plus malheureuse de tes créatures! »



« 0 Dieu! A mon secours ! Tu me vois abandonné de l'humanité entière, parce que je ne veux pas pactiser avec l'injustice! Exauce la prière que je te fais, au moins pour l'avenir, de vivre avec mon Charles !... 0 sort cruel, destin implacable ! Non, non, mon malheur ne finira jamais! s



Puis ce neveu, si passionnément aimé, se



1. « Je ne me venge jamais, écrit-il ailleurs à Mme Streicher. Quand je suis obligé d'agir contre d'autres hommes, je ne fais que le strict nécessaire pour me défendre, ou pour les empécher de faire le mal. •



LIGGIIILI V na.



montra indigne de la confiance de son oncle. La correspondance de Beethoven avec lui est douloureuse et révoltée, comme celle de Michel-Ange avec ses frères, mais plus naïve et plus touchante :



« Dois-je encore une fois être payé par l'ingratitude la plus abominable? Eh bien, si le lien doit être rompu entre nous, qu'il le soit! tous les gens impartiaux qui le sauront te haïront.... Si le pacte qui nous lie te pèse, au nom de Dieu, — qu'il en soit selon sa volonté ! — Je t'abandonne à la Providence ;
j'ai fait tout ce que je pouvais ;
je puis paraître devant le Juge Suprême »



« Gâté, comme tu es, cela ne te ferait pas de mal de tâcher enfin d'être simple et vrai ;
mon cœur a trop souffert de ta conduite hypocrite à mon égard, et il m'est difficile d'oublier.... Dieu m'est témoin, je ne rêve que d'ètre à mille lieues de toi, et de ce triste frère, et de cette



1. Nohl, CCCX1,111.



abominable famille.... — Je ne peux plus avoir confiance en toi. » Et il signe : « Malheureusement, ton père, — ou mieux, pas ton père' ».



Mais le pardon vient aussitôt :



« Mon cher fils! — Pas un mot de plus, —viens dans mes bras, tu n'entendras aucune dure parole.... Je te recevrai avec le même amour. Ce qu'il y a à faire pour ton avenir, nous en parlerons amicalement. — Ma parole d'honneur, aucun reproche! Ils ne serviraient plus à rien. Tu n'as plus à attendre de moi que la sollicitude et l'aide la plus aimante. — Viens
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Message par  le Sam 19 Aoû 2006 - 10:33

Testament d'Heiligenstadt :



A mes frères Carl et [Johann] Beethowen



Oh ! Vous autres qui me croyez hostile, rébarbatif ou misanthrope, ou me déclarez tel, comme vous me faites tort, car vous ne savez rien de la cause secrète de ce qui vous semble tel. Dès l'enfance mon cour et mes sens étaient faits pour les tendres sentiments de bienveillance ;
j'étais même toujours prêt à faire de grandes actions. Considérez donc que, depuis six ans, je suis dans un état désastreux, empiré par des médecins stupides, d'année en année, trompé par l'espoir d'aller mieux et, finalement, forcé d'envisager un mal interminable, dont la guérison durerait des années ou serait même impossible.



Né avec un tempérament fougueux, sensible même aux plaisirs de la société, je dus très vite m'isoler, passer ma vie dans la solitude. Si, de temps en temps, je voulais échapper à tout cela, comme j'étais durement repoussé par la triste expérience, doublée de mon ouïe si mauvaise. Il ne m'était cependant pas possible de dire aux gens : parlez plus haut, criez, car je suis sourd.



Comment me serait-il possible d'admettre la faiblesse d'un sens qui chez moi devrait être d'un degré plus parfait que chez les autres, un sens que je possédais autrefois à un tel degré de perfection que peu de gens de ma profession l'ont, ou l'ont eu.



Oh ! Je ne le puis, c'est pourquoi vous devrez me pardonner, lorsque vous verrez que je me retire quand j'aimerais tant me mêler à vous. Mon malheur me fait doublement mal, car à cause de lui, je suis méconnu. Pour moi il n'y a ni récréation en société, ni fines conversations, ni épanchements mutuels. Il ne m'est permis de me mêler à la société que lorsque la plus haute nécessité l'exige. Il me faut vivre comme un proscrit - quand je m'approche d'une société, une peur poignante d'être obligé de laisser voir mon état me saisit.



Il en fut ainsi pendant les six mois que je passai à la campagne, ayant suivi le conseil de mon raisonnable médecin, de ménager, autant que possible, mon ouïe, qui déjà correspondait presque à mon actuelle disposition naturelle. Quelquefois, poussé par mon besoin de compagnie, je me laissais tout de même tenter ;
mais quelle humiliation quand quelqu'un, à côté de moi, entendait une flûte, et que moi je n'entendais rien ;
ou que quelqu'un entendait chanter le berger et que je n'entendais rien non plus.



De tels incidents me portaient presque au désespoir et il s'en fallut de peu que je ne misse fin à ma vie, mais seul, lui, l'art m'en retint. Oh ! Il me semblait impossible de quitter ce monde avant d'avoir accompli ce à quoi je me sentais disposé et, ainsi je prolongeai cette vie misérable, vraiment misérable, cette nature si fragile qu'un assez rapide changement me fit passer du meilleur état dans le pire.



Patience, c'est vous que désormais je dois choisir comme guide, comme on me le dit ;
c'est fait - j'espère que ma décision de persévérer sera durable, jusqu'à ce qu'il plaise aux inexorables Parques de rompre le fil. Peut-être les choses iront-elles mieux, peut-être que non, je suis prêt à subir mon sort, forcé que je fus, dès ma vingt-huitième année, à être philosophe. Ce n'est pas facile, et pour un artiste c'est plus difficile que pour tout autre.



Divinité, du haut tu vois sur mon âme, tu la connais, tu sais que l'amour du prochain et le besoin de faire le bien l'habitent. Oh ! Humains, quand vous lirez ceci, pensez que vous m'avez fait du tort, que les malheureux se consolent d'avoir trouvé un de leurs semblables qui, malgré tous les obstacles de la nature, a fait tout ce qui était en son pouvoir pour être recueilli dans le rang des artistes et des hommes dignes.



Vous, mes frères, Carl et , dès que je serai mort, si le professeur Schmidt vit encore, priez-le, en mon nom, de faire une description de ma maladie et ajoutez cette feuille à l'histoire de ma maladie, afin qu'au moins, après ma mort, le monde se réconcilie avec moi autant que possible.



En même temps, je vous déclare ici, tous deux, héritiers de ma petite fortune (si l'on peut dire ainsi). Partagez-là honnêtement, entendez-vous, et aidez-vous mutuellement. Ce que vous m'avez fait de mal, vous le savez, vous est depuis longtemps pardonné. Toi, cher frère Carl, je te remercie en particulier de l'attachement que tu m'as prouvé ces derniers temps. Mon voeu est que vous ayez une vie meilleure que la mienne, exempte de soucis. Recommandez la vertu à vos enfants, elle seule, et non l'argent, peut les rendre heureux. J'en parle par expérience, c'est elle qui m'a soutenu, même dans le malheur, c'est à elle ainsi qu'à mon art que je dois de n'avoir pas mis fin à mes jours par un suicide. Adieu, aimez-vous ! Je remercie tous mes amis, en particulier le prince Lichnowski et le professeur Schmidt. Je désirerais que les instruments du prince L. soient gardés chez l'un de vous deux, mais qu'aucune dispute ne s'élève entre vous à cause d'eux. Dès qu'ils pourront vous être d'un plus grand profit, vendez-les.



Combien je serai heureux, si même sous la tombe, je puis vous être encore utile. Alors, ce serait fini, joyeux, je cours à la rencontre de la mort. Si elle vient avant que je n'aie eu l'occasion de développer toutes mes capacités artistiques, elle viendra trop tôt, malgré mon triste sort et, j'aimerais bien qu'elle vienne plus tard. Mais alors je serai aussi content ;
ne me libérera-t-elle pas d'un état de souffrances sans fin ? Viens quand tu voudras, je vais à ta rencontre avec courage. Adieu, ne m'oubliez pas après ma mort, je ne l'ai pas mérité ayant dans ma vie souvent pensé à vous rendre heureux, soyez-le.

Heiglnstadt

le 6 octobre 1802 Ludwig van Beethowen





Pour mes frères Carl et

A lire et à exécuter après ma mort -



Heiglnstadt, le 10 octobre 1802 - Ainsi je prends congé de vous - et avec tristesse en vérité - cher espoir - espoir que je portais en moi, en venant ici, d'obtenir du moins jusqu'à un certain point ma guérison - cet espoir doit à présent m'abandonner complètement. Comme tombent les feuilles d'automne qui sont fanées - cet espoir lui aussi pour moi s'est atrophié. A peu près tel que je suis venu ici - je m'en retourne - Le grand courage - qui m'inspira souvent au cours de ces belles journées d'été - a disparu - Ô Providence -fais apparaître une seule fois à mes yeux un jour de joie sans mélange - Depuis si longtemps l'écho de la vraie joie est absent de mon cour -Quand donc - ô Dieu -pourrai-je de nouveau le sentir dans le temple de la Nature et dans le contact avec l'humanité - Jamais plus ? Non ! - Oh ! Ce serait trop dur.
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Message par  le Sam 19 Aoû 2006 - 10:51

J'adore cette oeuvre, c'est vraiment grandiose! Les textes qui sont geniaux collent parfaitement à la musique, et on ne se lasse jamais.

Une de mes oeuvres d'art préféré.

Le film l'anneau sacré sorti recemment retrace très bien la légende, il est vraiment très bon.
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 - Page 2 Empty Edvard Grieg

Message par DreamSquare le Sam 19 Aoû 2006 - 10:56

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Edvard Hagerup Grieg (né le 15 juin 1843, à Bergen – décédé le 4 septembre 1907, également à Bergen) était un compositeur et pianiste norvégien de la période romantique. Il est surtout connu pour ses œuvres Concerto pour piano en la mineur et Peer Gynt, la célèbre musique de scène spécialement composée pour le drame d'Henrik Ibsen.





Edvard Grieg est né à Bergen, d'ascendance partiellement écossaise. Il a été élevé dans une famille de musiciens ;
sa mère, pianiste, fut son premier professeur de piano.



Durant l'été 1858, Grieg rencontre le légendaire violoniste norvégien Ole Bull, qui était un ami de la famille et le beau-frère de Gesine, sa mère. Bull remarque le talent du jeune homme alors agé de quinze ans, et persuade ses parents de l'envoyer au conservatoire de Leipzig pour développer ses talents. À partir de l'automne 1858, Grieg suit donc l'enseignement des plus grands maîtres au conservatoire (tel Carl Reinecke), alors dirigé par Ignaz Moscheles. Ses années de conservatoire ne lui laisseront pas de très bons souvenirs ;
il y trouvera l'enseignement dépourvu d'intérêt. En outre, il est atteint de pleurésie et souffrira toute sa vie de troubles respiratoires. Malgré celà, quatre ans plus tard, il quitte l'institution avec de solides connaissances d'instrumentiste et de compositeur. Il donnera son premier concert en 1862, dans sa ville natale de Bergen.



En 1863, Grieg part pour Copenhague, où il restera trois années. Il y rencontrera les compositeurs danois Johan Peter Emilius Hartmann et Niels Gade ;
ainsi que le compositeur de l'hymne national norvégien (Ja, vi elsker dette landet), Rikard Nordraak, qui devint pour Grieg un ami proche et une grande source d'inspiration. Il lui donne notamment le goût de la musique traditionnelle norvégienne, étant lui même passionné par l'histoire, les légendes et les mélodies folkloriques de son pays. Tristement, Nordraak meurt peu de temps après ;
Grieg composera une marche funèbre en son honneur.



Durant son séjour au Danemark, Grieg rencontre et se fiance avec la cantatrice Nina Hagerup, qui n'est autre que sa cousine. Il l'épouse en 1867 — les mariages entre cousins étant plus courants à cette époque. L'année suivante, ils donnent naissance à leur unique fille, Alexandra. Durant l'été 1869, l'enfant tombe malade et meurt à l'âge de treize mois.


Edvard Grieg disait : "Que sa musique était tellement imprégnée de l'âme de la Norvége qu'elle devait certainement sentir le poisson."



Je n'aime pas spécialement la période romantique (que ce soit en musique ou en peinture) mais je dois avoué que j'aime beaucoup sa Sonate pour violoncelle et piano.
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Message par DreamSquare le Sam 19 Aoû 2006 - 11:00

Myrkul a écrit:J'adore cette oeuvre, c'est vraiment grandiose! Les textes qui sont geniaux collent parfaitement à la musique, et on ne se lasse jamais.

Une de mes oeuvres d'art préféré.

Le film l'anneau sacré sorti recemment retrace très bien la légende, il est vraiment très bon.


Oui, malgrès son manque de budget flagrant je trouve que Uli Edel s'en est très très bien sorti. Je n'ai pas encore vu le premier film (intitulé Les Nibelungens) ni le second (stupidement intitulé "Le chevalier blanc").



Il me semble toutefois que L'Anneau sacré occulte une partie de cette aventure non ? L'Or Du Rhin par exemple. Il me semble qu'il démarre à partir de Siegfried.
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Message par  le Sam 19 Aoû 2006 - 11:16

@DreamSquare a écrit:



Je n'aime pas spécialement la période romantique (que ce soit en musique ou en peinture) mais je dois avoué que j'aime beaucoup sa Sonate pour violoncelle et piano.


Pourtant la période 'romantique' -et non pas rome-antique, je te vois venir Baal !- que ce soit en musique, littérature ou autre est la quintessence de l'Art poussé à son paroxysme. Après ce fut la chute.
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Message par DreamSquare le Sam 19 Aoû 2006 - 11:25

Nirnaeth a écrit:
@DreamSquare a écrit:



Je n'aime pas spécialement la période romantique (que ce soit en musique ou en peinture) mais je dois avoué que j'aime beaucoup sa Sonate pour violoncelle et piano.


Pourtant la période 'romantique' -et non pas rome-antique, je te vois venir Baal !- que ce soit en musique, littérature ou autre est la quintessence de l'Art poussé à son paroxysme. Après ce fut la chute.


Je reconnais qu'il y a de très bonnes choses. Mais j'avoue préférer les symphonies tonitruantes de la fin du XIXième début XXième et notamment les compositeurs russes tel que Piotr Ilyich Tchaïkovski, Sergueï Prokofiev ou encore Igor Stravinsky.



Je ne dis pas que je déteste le romantisme mais ce n'est clairement pas ce que je préfére en musique classique.
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Message par  le Sam 19 Aoû 2006 - 11:35

"La musique de Wagner a des secondes délicieuses et des heures épouvantables" Rossini...



"La musique de Wagner est meilleure que l'on pourrait le croire en l'écoutant" Mark Twain
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Message par  le Sam 19 Aoû 2006 - 11:58

Le romantisme s'etend jusqu'en 1914 environ...

Mais sinon il est vrai que les compositeurs russes sont interessant, certains plus que d'autres évidemment.

Je n'aime par exemple pas ecouter du Stravinsky mais l' étudier et l'analyser c'est sympa. Et puis il a ouvert la voie à bon nombre de compositeurs, sans compter ceux qui l'ont copié.

Mais sinon si t'aimes la musique russe, intéresse toi au groupe des cinq.
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Message par  le Sam 19 Aoû 2006 - 12:36

C'est d'ailleurs son aïeul arrivé à Bergen dans la deuxième moitié du 18 ème qui a norvégianisé son nom en le faisant passer de Greig à Grieg.

D'écossais à norvégien, il n'y a qu'un pas!
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