La scène de l'est

Aller en bas

La scène de l'est Empty La scène de l'est

Message par  le Jeu 22 Jan 2009 - 20:34

Je créée ce topic, qui sera consacré aux auteurs de la "scène de l'est", en partenariat avec OD. ;
)




Ce qualificatif doit s'entendre ici au sens large. La grande Russie est évidemment visée, mais plus largement les ex-pays du bloc soviétique (que ce soit en interne URSS ou en Europe de l'Est). S'il est évidemment permis (recommandé?) de parler de Gogol ou Dostoïevski, Zweig ou Kafka sont donc également tout à fait à leur place.



L'idée n'est pas de disserter dans la vague sur l'âme slave, mais bien de partir des livres. Vous venez de lire un roman dans le scope et vous souhaitez en parler: ce sujet est fait pour vous. Ce qui n'empêche pas de débattre à partir de ces posts.



En terme d'époque, il n'y a pas de restrictions: classiques et contemporains sont bienvenus.



PS: Tous ceux pour qui la scène de l'est est à chier techniquement sont invités à rejoindre la section littérature du forum de Bells of Armageddon. :mrgreen:
avatar


Revenir en haut Aller en bas

La scène de l'est Empty Re: La scène de l'est

Message par  le Jeu 22 Jan 2009 - 21:40

J'inaugure ce topic avec un roman d'un auteur qui me tient à coeur: "Crime et châtiment" de Fédor Dostoïevski.



http://image.evene.fr/img/livres/g/2070392538.jpg" alt="" />



Le personnage principal, Rodia Raskolnikov, est un étudiant de Petersbourg. Plus exactement un ex-étudiant: depuis plusieurs mois, le manque d'argent et l'orgueil l'ont conduit à abandonner ses études. Il passe le plus clair de son temps chez lui dans un appartement miteux dont il ne paie plus le loyer. Que fait-il de son temps? Il médite une théorie, au sujet de laquelle il a écrit par le passé un article non publié. Pour lui, beaucoup de grands hommes ont du commettre des crimes en chemin pour accomplir leur oeuvre. Ces crimes, il les juge justes. Comme il le dit lui-même, si les découvertes de Newton n'avaient pu parvenir à l'humanité que moyennant le sacrifice de cent vies humaines, il aurait eu le droit moral et même le devoir de les supprimer. Pour le dire autrement, la loi est faite pour les gens normaux, mais ne doit pas freiner la réalisation de l'oeuvre des hommes extraordinaires.



En homme orgueilleux, Raskolnikov se range résolument dans la deuxième catégorie. Il a en ligne de mire une vieille prêteuse sur gage, Aliona Ivanovna. Son meurtre lui fournirait les ressources financières pour bien démarrer dans la vie, et ne serait rien au vu de tous ses bienfaits futurs qui en découleront.



Mais Raskolnikov ira-t-il jusqu'à mettre sa théorie en pratique? Vous le saurez en lisant ce livre, mieux vaut ne pas trop en dire.



******



Je n'irai pas par quatre chemins: ce roman est simplement sublimissime. Un livre un peu touffu, autour de 500 pages. J'ai toujours un souci avec Dostoïevski: l'allumage. Dostoïevski est un auteur qui aime gérer une multiplicité de personnages. Ceux ci ayant tous des noms un peu compliqués (le prénom, le nom du père, le surnom, genre Avdotia Romanovna Dounia, la soeur du héros), il me faut toujours un réel investissement de départ pour rentrer dans ses romans. Une fois ce travail fait, ce qui prend quelques dizaines de pages, le style de l'auteur se caractérise par une grande limpidité. Tout coule comme eau de source, et c'est presque surpris qu'on finit le livre en moins de deux.



Je disais que Dostoïevski aimait multiplier les personnages, ce n'est jamais en vain, ils ont tous une finalité. Ce qui est impressionnant, c'est la profondeur qu'il arrive à imprimer à ses personnages, mêmes secondaires. Je pense à l'exubérante mère de Raskolnikov, ou au débauché Svidrigaïlov. Tous ces personnages prennent vie avec une force impressionnante. Dostoïevski les rend humains, avec ce que ça implique de contradictions, de zones d'ombre. Dostoïevski n'est pas un auteur manichéen: les héros sont capables de crimes, et les salauds commettent parfois de bonnes actions. Ce qui n'empêche pas la morale d'avoir une grande place.



Tous ces personnages sont mis à la disposition d'une intrigue passionnante, que ce soit en terme de récit (qui navigue entre plusieurs genres, avec même des passages assez drôles) ou de psychologie (Dostoïevski étant incontestablement un des plus grands connaisseurs de l'âme humaine). J'aime aussi beaucoup sa démesure, son sens du rythme avec une certaine frénésie que j'associe à la littérature russe.



Argument ultime: chaque fois que je lis un de ses livres, j'ai l'impression d'en ressortir moins idiot. Celui-ci est loin de faire exception à la règle. Très chaudement recommandé donc. :cool:
avatar


Revenir en haut Aller en bas

La scène de l'est Empty Re: La scène de l'est

Message par Corb le Ven 23 Jan 2009 - 17:55

Je n'ai jamais le temps d'ouvrir les volumes de Dostoïevski qui traînent chez moi mais pour ceux qui désirent s'y mettre la critique est unanime depuis pas mal d'années sur la qualité des traductions d'André Markowicz, publiées chez Actes Sud.

Le bonhomme en parle d'ailleurs lors de cette longue conférence : http://francais.concordia.ca/index.php?option=com_content&
task=view&
id=492&
Itemid=288
. Et il est pour le moins passionnant.
avatar
Corb
Centurion primipile
Centurion primipile


Revenir en haut Aller en bas

La scène de l'est Empty Re: La scène de l'est

Message par  le Jeu 26 Mar 2009 - 22:22

"Le voyage dans le passé" de Stefan Zweig.



Le voyage dans le passé est une nouvelle de Zweig qui a été connue assez tardivement. Elle a été retrouvée dans une version raturée mais quasi finalisée après la disparition de l'auteur, et ce n'est que récemment qu'elle a finalement été traduite en français. A noter que l'édition Grasset enchaîne traduction en français et version originale en allemand.



En toute sincérité, il est dommage d'évoquer Zweig dans ce sujet par le biais de cette oeuvre: elle est assez limitée. L'histoire d'un homme qui découvre ses sentiments pour la femme de son patron au moment même où il est envoyé à l'autre bout du monde. L'histoire d'un amour sans cesse contrarié par les circonstances historiques (la guerre de 14-18 qui empêche la traversée de l'Atlantique).



L'ensemble se lit vite, très vite. Je n'ai pas retrouvé ici la profondeur des personnages si caractéristique de l'auteur. Je me demanderais presque si Zweig aurait réellement sorti le document en l'état.



Plus intéressant, on retrouve beaucoup des thèmes chers à Zweig, auteur amoureux de l'Europe (il est notamment fasciné par la France, pays avec lequel il entretient beaucoup de liens artistiques) qui va vivre très mal la première guerre mondiale, et encore plus la seconde (il s'exile au Brésil et s'y suicide ayant perdu tout espoir en 1942). Ce thème est abordé ici sans ambiguïté.



Maintenant sur cette question, je trouvais l'autobiographie de Zweig rédigée en 41, "Le monde d'hier", beaucoup plus indispensable. Je ne peux au passage que la conseiller.



Pour ce qui concerne par ailleurs le registre des nouvelles, "Le joueur d'échecs" est clairement une œuvre de Stefan Zweig beaucoup plus indispensable que celle ci.
avatar


Revenir en haut Aller en bas

La scène de l'est Empty Re: La scène de l'est

Message par  le Mer 15 Avr 2009 - 22:03

"Une rencontre" de Milan Kundera



http://www.fabula.org/actualites/documents/30140.jpg" alt="" />



Cette rencontre est le dernier livre de Kundera, auteur tchèque et français d'adoption suite à l'invasion soviétique de 1968 (il s'installe à Paris en 1975 et se voit retirer la nationalité tchèque en 1979). Son plus grand fait d'arme est très certainement le célèbre "L'insoutenable légèreté de l'être", roman que je considère être un des chefs d'oeuvre du patrimoine littéraire européen.



"Une rencontre" donc. Kundera a écrit beaucoup de romans (une dizaine), mais ici ce n'est pas de ça qu'il s'agit. On est plus proche d'un essai, encore qu'il n'y a pas de ligne directrice évidente. Kundera évoque des oeuvres qui l'ont marqué (que ce soit littéraires, musicales, picturales...), et en profite pour nous faire part des réflexions que ça lui inspire. Inutile de chercher une cohérence globale: la cohérence c'est que derrière tout ce qu'il dit, on voit en creux le personnage Milan Kundera, ses marottes qu'il a souvent déjà eu l'occasion de distiller dans ses oeuvres précédentes. Kundera parle beaucoup des autres, tout en parlant implicitement beaucoup de lui-même.



Kundera étant un penseur très prolixe, inutile de dire que cet essai part dans beaucoup de directions. 9 parties en tout, qui parfois se répondent, d'autres fois s'ignorent. Cela amène un reproche évident: le manque de cohérence. Ce reproche, Kundera le désamorce indirectement en parlant de Rabelais et du genre romanesque. Pour lui Rabelais a fait des romans avant que le genre romanesque devienne codifié, ce qui lui permettait de ne pas être limité formellement, et précise que beaucoup des portes ouvertes par Rabelais ont été refermées par ses successeurs. Kundera, dans toute son oeuvre, s'est caractérisé par une grande liberté en terme de construction. Cela se retrouve ici avec un ensemble très travaillé, diffus et parfois même multi-support (cf les partitions qui émaillent son analyse de la musique de Janacek).



De par sa richesse, cet essai provoque des réactions contrastées. Certaines parties m'ont ennuyé là où d'autres m'ont vraiment séduit, la patte Kundera rendant l'ensemble agréable à lire. Le meilleur moment est pour moi cette superbe partie sur Anatole France, qui m'a franchement donné envie de lire son "Les dieux ont soif". Kundera parle des listes noires, cette manière de diviser sommairement les écrivains en liste blanche des écrivains recommandables, et liste noire de ceux qu'il faut éviter comme la peste. L'histoire conduisant souvent les auteurs à glisser de la liste blanche vers la grise, puis la noire. Il cite Anatole France, raillé par les surréalistes, mais aussi de Cioran, de Saint-Saëns...



Mais il parle clairement en creux de lui-même. On pense sans qu'il en parle jamais vraiment des papiers récents le concernant l'accusant d'avoir dénoncé en 50 à la police secrète communiste une personne, entrainant sa condamnation à 22 de prison et de travaux forcés dans des mines d'uranium. Gênant pour l'auteur de "La plaisanterie" (superbe roman qui mériterait d'être évoqué ici), vu en Europe comme une victime du régime communiste. Statut qu'il a d'ailleurs toujours rejeté, au grand émoi de ceux qui souhaitent le voir jouer ce rôle de victime.



Kundera enfonce le clou plus loin:



"Les grandes personnalités de la culture, les a-t-on oubliées? Oubli n'est pas le mot exact. Je me rappelle qu'à la même époque, vers la fin du siècle, une vague de monographies nous inonda: sur Graham Green, sur Ernest Hemingway, sur T.S. Elliot, sur Philip Larkin, sur Bertolt Brecht, sur Martin Heidegger, sur Pablo Picasso, sur Eugène Ionesco, sur Cioran, et encore et encore...



(...)



J'ouvre le grand livre de huit cent pages consacré à Bertolt Brecht. L'auteur, professeur de littérature comparée à l'université du Maryland, après avoir démontré en détail la bassesse de l'âme de Brecht (homosexualité dissimulée, érotomanie, exploitation des maîtresses qui étaient les vrais auteurs de ses pièces, sympathie pro-hitlérienne, sympathie prostalinienne, antisémitisme, penchant pour le mensonge, froideur du coeur) arrive enfin (chapitre 45) à son corps, notamment à sa très mauvaise odeur qu'il décrit dans tout un paragraphe;
pour confirmer la scientificité de cette découverte olfactive, il indique, dans la note 43 du chapitre, qu'il tient 'cette description minutieuse de celle qui était à l'époque chef du laboratoire de photo au Berliner Ensemble, Vera Tenschert', laquelle lui en a parlé le 5 juin 1985 (soit 30 ans après la mise en cercueil du puant).



Ah, Bertolt, que restera-t-il de toi? Ta mauvaise odeur, gardée pendant 30 ans par ta collaboratrice fidèle, reprise ensuite par un savant qui, après l'avoir intensifiée avec les méthodes modernes des laboratoires universitaires, l'a envoyée dans l'avenir de notre millénaire."



Kundera se moque violemment de ces procès a posteriori stupides, qui se basent sur tout sauf l'oeuvre de l'artiste. Car au fond qu'importe l'oeuvre à une époque qui s'intéresse uniquement aux à côtés, au people, au superficiel, à l'image d'Epinal qui réduit un artiste à peu de choses (au kitsch, pour reprendre une terminologie qui l'a rendu célèbre). Il anticipe aussi son classement à venir sur une liste noire, lui le réactionnaire, l'ironique, lui à qui l'Histoire reprochera éternellement cette hypothétique dénonciation aux autorités communistes (encore un écrivain à rayer des programmes scolaires?). Le monde contemporain veut des héros pas des artistes. En contrepartie, il a les artistes qu'il mérite.



Cette oeuvre m'a au final beaucoup plu (outre France, elle m'a donné envie d'essayer Malaparte), et elle sonne comme une bonne synthèse de la pensée de son auteur, et comme un objet sur le fil mais intelligent et sincère. J'espère juste que cet essai ne doit pas se comprendre comme un point final à son oeuvre, les dernières lignes sonnant à mes oreilles comme une épitaphe bien trop précoce à mon goût.
avatar


Revenir en haut Aller en bas

La scène de l'est Empty Re: La scène de l'est

Message par  le Dim 8 Nov 2009 - 11:08

"Les possédés" de Fédor Dostoïevski.



Un Dostoievski qui me semble (je me trompe peut-être) moins connu que L'idiot/Les frères Karamazov/Crime et châtiment.



J'éviterai d'évoquer le fait divers qui est à l'origine de ce roman (ce serait donner trop d'éléments pour ceux qui voudraient le lire, et ce d'autant que le vrai sujet du roman apparaît tardivement dans le récit). La thématique générale est la montée des idées "nouvelles" (lire "révolutionnaires") dans la Russie de la deuxième partie du XIXème. Et sur la manière dont ses promoteurs ont tenté de les mettre en oeuvre, par la violence (parfois même intestine) mais aussi par l'exploitation et la manipulation d'un pouvoir qui pense pouvoir les récupérer.



Comme d'habitude avec Dostoievski, le roman est extrêmement foisonnant, se lancer dedans c'est se contraindre à de multiples retours en arrière, certains personnages qui apparaissent mineurs pouvant devenir des protagonistes principaux de l'intrigue. Mais cette difficulté à le lire rend le résultat encore plus fort et surtout plus marquant.



Un point fascinant de ce roman est son côté prophétique. Difficile de le lire maintenant sans penser aux révolutions de 1917 et au régime communiste, c'est à dire des choses qui sont arrivées bien après la mort de Dostoievski. Sur un plan politique, il s'agit d'un pamphlet extrêmement violent contre ces révolutionnaires, leurs précurseurs (l'extraordinaire personnage de Stepane Trophimovitch, dépassé par un élan qu'il a contribué à initier), mais aussi la faiblesse des autorités et des foules qu'il est finalement facile d'endoctriner.



Sur le plan des personnages, ce roman ajoute une nouvelle salve de personnages fascinants à l'univers de l'auteur, pourtant déjà très riche: le couple ambigu Stepane Trophimovitch/Varvara Petrovna (le premier chapitre, centré sur Stepane, étant à mon sens un très grand moment de littérature, hilarant par moments), Piotr Verkhovenski, la femme du gouverneur (madame von Lembke), le libéral Lipoutine...



De par son caractère foisonnant, diffus, écrit probablement d'une traite, le roman sacrifie à mon sens certains personnages que je trouve traités de manière un peu ratée: je pense en particulier à Nicolai Stravoguine, pourtant un des personnages principaux du roman. C'est un peu dommage.



Mais bon c'est assez propre au style Dostoievski: sur ce que j'ai lu de lui, seul le très maîtrisé Crime et châtiment échappe à ce défaut.



Ca ne change rien au fait que ce livre est absolument fascinant, et vivement recommandé.



Un conseil néanmoins si vous lisez comme moi cette édition Folio: je vous conseille d'éviter sa préface. Outre le fait qu'elle parle trop (mieux vaut la lire après le reste en tous cas), je trouve que son auteur (Marthe Robert) traite l'oeuvre de l'artiste de manière beaucoup trop dédaigneuse. A plusieurs passages je me suis un peu demandé pour qui elle se prenait exactement, et si le fait que ce livre puisse être lu a posteriori comme une critique du communisme ne la gênait pas au entournures...
avatar


Revenir en haut Aller en bas

La scène de l'est Empty Re: La scène de l'est

Message par  le Lun 19 Avr 2010 - 17:54

"Une journée d'Ivan Denissovitch" d'Alexandre Soljenitsyne.



Soljenitsyne raconte une journée lambda d'Ivan Denissovitch Choukhov, ancien soldat russe qui purge la huitième de ses 10 ans de goulag pour espionnage pro-allemand. En fait d'espionnage, le seul de ses crimes est de s'être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment sur le front germano-russe.



Mais de cette injustice, il n'en est que très peu question dans ce roman, comme il est très peu question de tout ce qui est extérieur au camp. Tout ceci est trop lointain pour le personnage principal: le roman parle avant tout du combat quotidien pour survivre envers et contre tout. Où seuls quelques uns ont les cartes ou la roublardise pour survivre aux conditions extrêmes et à l'absurdité du goulag.



Un livre extrêmement bien écrit par quelqu'un qui a payé pour savoir de quoi il parle. Indispensable.
avatar


Revenir en haut Aller en bas

La scène de l'est Empty Re: La scène de l'est

Message par  le Mer 28 Juil 2010 - 0:25

Je découvre avec horreur que je n'ai pas parlé de ça:



http://www.slavika.com/catalog/images/226616113_pavillon.jpg" alt="" />



"Le pavillon des cancéreux" d'Alexandre Soljenitsyne.



Ce livre est inspiré directement de la vie de Soljenitsyne. A son arrivée en exil après huit années de goulag, décrites de façon très forte dans "Une journée d'Ivan Denissovitch", il est atteint par une grave maladie qui se révèle être un cancer. Ce roman se base sur ce qu'il a vécu dans une clinique spécialisée dans ce type de maladies, le "pavillon des cancéreux". A noter que l'histoire s'est bien terminée pour lui, vu qu'il est mort à presque 90 ans. Si on considère que les années de goulags suivaient sa participation à la deuxième guerre mondiale côté russe, c'est ce qu'on peut appeler un survivant.



Ce roman est juste un chef d'oeuvre. La première oeuvre de l'auteur a surtout choqué l'occident par la teneur de son propos, par le sort inhumain réservés à ces zeks. Ca a probablement masqué à tort les talents d'écrivain de Soljenitsyne. Quand je lis ce livre absolument prodigieux, je vois le digne héritier d'un Dostoievski, et probablement le plus grand romancier du vingtième siècle.



Que retenir de ce roman foisonnant? La richesse des personnages. Du haut fonctionnaire dans les petits papiers (qui a construit sa vie sur les dénonciations de ses petits camarades) à ce revenant du goulag, de gens instruits à des gens très simples, tous sont ramenés à un pied d'égalité par la maladie. Encore que. Entre les cancers incurables et les potentiellement traitables, les combats encore en cours et ceux qui sont déjà perdus, les rémissions dont on ne sait jamais si elles sont temporaires ou si elles précèdent la chute définitive...



Le monde médical est magnifiquement décrit, avec ses problématiques, sa part d'ombre et de non dits, ses tatonnements vu la connaissance de la maladie de l'époque. La mort rode partout dans ce pavillon. Et pourtant la vie trouve sa place parfois, comme dans ces romances fugaces entre malades et infirmières qui laissent présager d'un possible futur heureux.



A lire sans l'ombre d'un doute, probablement idéal sur la plage. :mrgreen:
avatar


Revenir en haut Aller en bas

La scène de l'est Empty Re: La scène de l'est

Message par obsoletedream le Dim 11 Juin 2017 - 18:06

Le roman parfait pour occuper la langueur des écrasantes journées d'été :



Ivan Gontcharov - Oblomov (1859)


Partisan de la position allongée, Oblomov ne trouve le bonheur que dans le sommeil. Ni son ami Stolz, incarnation de l'énergie et de l'esprit d'entreprise, ni la belle Olga avec qui se nouera l'embryon d'une idylle, ne parviendront à le tirer de sa léthargie. Entreprendre et aimer sont décidément choses

trop fatigantes. Grand roman de mœurs, Oblomov offre une satire mordante des petits fonctionnaires et des barines russes. La première partie du texte constitue un véritable morceau de bravoure, irrésistible de drôlerie, décrivant les multiples tentatives toutes vouées à l'échec d'Oblomov pour sortir de son lit. La profondeur du roman et la puissance du personnage n'ont pas échappé à des philosophes comme Levinas. L'inertie du héros est moins une abdication que le refus farouche de tout

divertissement. L'humour et la poésie sont au service d'une question que Gontcharov laisse ouverte : et si la paresse, après tout, était moins un vice qu'une forme de sagesse ?



Tolstoï adorait le roman de Gontacharov, Oblomov. Il trouvait que l'auteur avait su créer par le biais de son personnage un type de caractère nouveau. Ainsi Oblomov entra dans l'histoire de la littérature et de la vie courante au même titre qu'un Tartuffe ou qu'une Madame Bovary. Oblomov est un propriétaire terrien vivant à Saint-Pétersbourg à qui rien n'arrive tant notre héros est mou, flemmard à un point jamais atteint, pathologiquement paresseux. Rien n'arrive jamais, ou presque. Une chance inespérée se présente un jour dans la vie d'Oblomov. La belle Olga, introduite par l'ami d'enfance d'Oblomov, Stolz, se laisse a priori séduire par le riche propriétaire terrien. Mais notre héros arrivera-t-il à partir vers la conquête amoureuse ou restera-t-il terré dans son vice, l'apathie ?

Le génie de Gontcharov est d'amener le lecteur à comprendre et à aimer ce vrai roi feignant. Oblomov, c'est vous, c'est nous tous réunis dans un roman psychologique drôle et décalé. Un monument de la littérature russe à ne pas laisser dormir sur une étagère.
obsoletedream
obsoletedream
Directeur technique
Directeur technique


Revenir en haut Aller en bas

La scène de l'est Empty Re: La scène de l'est

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum