POSTCHRIST
Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.

De l'art de chroniquer

Page 1 sur 8 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8  Suivant

Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty L'art de chroniquer un album de BM

Message par  le Mer 23 Juin 2004 - 18:03

Le webzine metal Violent Solutions compte parmi ses rangs l'un des meilleurs chroniqueurs que j'aie jamais rencontrés!

A vous de juger sur pièce:



BLUT AUS NORD – The Work Which Transforms God (Appease Me…/Adipocere) - 17/03/2003 @ 08h57





Après une introduction au nom en forme de contre-pied (« End ») qui nous catapulte dans les entrailles d’un volcan en imminence d’éruption, le péremptoire « The Choir of the Dead » offre les premières clés qui permettront de décrypter le chaos annoncé : une pluie de déflagrations black qui s’émiettent peu à peu en pulsations faussement amorphes constellées de double-pédale ou d’extrasystoles imprévisibles ;
des riffs contondants qui s’abattent implacablement comme une herse sur la tête du rêveur ;
une guitare sinusoïdale hantant un arrière-plan en perpétuelle distension précaire ;
un terrorisme vocal tout droit surgi de « The Mystical Beast of Rebellion » ;
des vagissements infra-sonores dressés en oracle de décrépitude et de mort ;
et puis une cloche dont le carillon spectral éconduit les ruines du morceau jusqu’à leur tombeau. Fascinant…

Blut aus Nord, cette mystérieuse entité sans visage dont le retour, l’an passé, avait explosé à la gueule d’une scène empâtée dans ses habitudes, nous avait promis une œuvre nouvelle, subversive, déstructurée, plus sombre que tout. Et bien c’est gagné ! Au-delà d’un album choc ou d’un manifeste de provocation scientifique, « The Work Which Transforms God » est une arme mentale qui met la musique en charpie en martyrisant l’euphonie et la symétrie. Fruits d’un travail de précision digne d’admiration, les architectures sont fragmentées en de multiples strates qui peuvent associer des dissonances odieuses à des formes moins aliénées mais tout aussi hostiles sur fond de dédales rythmiques paraissant de prime abord aléatoires, mais agencés de façon à ne jamais desserrer l’étau sur l’esprit de l’auditeur, à ne jamais lui donner une illusion de routine. Le malaise est insaisissable et indéfinissable mais il existe bel et bien, un virus corrosif qui s’insinue par l’oreille et s’agrippe au cerveau à la façon d’une sangsue, crachant ses ondes négatives dans tout le corps bien après que la hi-fi se soit tue. Souvent l’attention est canalisée par le tableau barbare qui se dessine en ellipses de sang à la surface, mais si l’on fait l’effort de s’enfoncer au-dessous du carnage, l’évidence s’estompe et l’on est absorbé par les rafales venimeuses qui balayent un ahurissant magma de torture psychique que ne renierait pas David Lynch dans un de ses films les plus noirs. A la manière d’une immersion prolongée dans l’eau de la baignoire, une expérience qui mutile les sons et les sens, on plonge tête première dans un univers atonal et anti-harmonique, une culture de l’accord désaccordé, une fabrique infernale au cœur d’un cyclope musical écorché. A l’arrivée c’est presque un soulagement que de se retrouver de nouveau dans le feu croisé de la bataille et des violences métalliques plus traditionnelles, même s’il n’est nul besoin d’être expert pour bien vite remarquer que même ces dernières ont un aspect étrangement déjeté jusque dans les vocaux qui outrepassent fréquemment le stade de l’hystérie (cf. « The Howling of God »). D’autres fois comme sur le compulsif – et génial – « Our Blessed Frozen Cells », l’angoisse prend des allures de dérive infinie à la lisière de l’ambient, gardée à flots par les hurlements désincarnés, les lames de fond électriques et le superbe travail rythmique à la foison de détails évoquant une forge en effervescence.

En somme le fond de l’énigme Blut aus Nord réside dans une locution que j’ai mentionnée plus haut : « faire l’effort ». Ecouter « The Work Which Transforms God » intelligemment suppose de vouloir tendre un gros doigt vibrant à l’adresse de la fast-music chargée aux substances standard pré-mastiquées. Certains diront qu’il faut en plus un penchant sado-masochiste déjà bien protubérant pour pouvoir se délecter de tels sévices sonores, mais je crois que l’envie réelle de s’impliquer dans un contenu qui tient la route de A à Z est une passerelle solide qui permet de subir sans flancher l’assaut des jusqu'au-boutismes les plus extrêmes et les plus exigeants. Ceci est d’autant plus vrai que cet album, infiniment plus riche et composite que son prédécesseur (bien qu’infiniment moins accessible, si c’est possible), est susceptible de catalyser davantage de curiosités jusque dans des milieux externes au black metal (l’ambient, le trip-hop, le jazz, l’indus, etc.), ne serait-ce que par l’étendue du panel de découvertes qu’il propose aux oreilles de tous horizons.

Du désert sismique de « The Fall » (tiens tiens…) aux incantations fugitives et aux infâmes fritures de gorge de « Inner Mental Cage », du concerto de beats en rupture de « Metamorphosis » à la dernière descente en rappel dans le néant de « Procession of the Dead Clowns », Blut aus Nord subjuguent autant par leur qualité transdisciplinaire que par le fait qu’au-delà d’être un bulldozer terrassant les conformismes, « The Work Which Transforms God » soulève une dimension métaphysique qui, pour un ouvrage musical, est considérable. En vertu du fait que ses géniteurs n’ont pas pour habitude de suivre un tracé créateur convenu, cet album est certainement appelé à trôner à jamais seul sur la corniche étroite qu’il a déblayé au-dessus du vide – et se pose par là-même en très sérieux postulant au sceau précieux des œuvres cultes.





[ Posté par : Uriel | Note : 18.5/20 | Nb de lecture(s) : 4281 | 5 commentaires | Top ]



Uriel a le génie de transcrire avec la puissance du verbe les émotions musicales les plus intimes et les plus personnelles, je m'incline devant une telle maîtrise et devant un tel chef-d'oeuvre d'esthétique, comme quoi le black peut être source d'inspiration féconde...
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Mer 23 Juin 2004 - 18:49

Un sujet intéressant ça mine de rien.

C'est en effet cette chronique que j'ai choisi de reprendre dans mes annexes de mon travail l'année dernière pour son côté paroxystique. Uriel a en effet un style très chatié.



Pour autant et j'en discutais avec certains des musiciens des groupes qu'il a chroniqué, je me demande si ce genre de chronique est lue en entier par ne serait-ce que la moitié des métalleux. :wink:

Le problème principal est sa présentation en bloc resseré, cela ressemble un peu à un pavé qu'il nous est proposé d'ingurgiter.

Je me demande si le but d'une chronique est d'en faire une oeuvre poétique. Oui dans un sens si cela fait acheter le cd et donne au lecteur l'envie d'ecouter mais faut-il encore qu'il la lise. Je connais d'autres metalleux qui ne lisent jamais ce genre de chroniques mais regarde juste la note (car encore faut-il les comprendre et ça je suis pas certain que beaucoup de métalleux arrivent à comprendre son style). Est-ce que la chronique est un exercice de style ou est-ce qu'elle doit rester seulement analytique ? Honnêtement moi même je lis rarement en entier les chroniques d'Uriel.

La présentation est primordiale je pense.

J'avais été bien tenté de poétiser mon style moi même même si je n'en ai fait pas beaucoup encore sur PC. Sachant que j'ai déjà vu sur certains sites des réactions du genre : "oui Uriel faudrait qu'il sorte une encyclopédie avec toutes ses chroniques !" Enfin je serais bien curieux de savoir ce que vous pensez de ce genre de chronique.
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Mer 23 Juin 2004 - 19:45

Je trouve ce genre de chronique tout à fait géniale de part son élévation lyricale et part les émotions qu'elle arrive à retranscrire.



Cependant, ce n'est pas le genre de chronique que je pourrait enchaîner. Deux chroniques de ce genre à lire de suite serait presque indigeste. Par ailleur, un texte aussi dense et fourni ne conviendrait pas du tout pour la review d'une daube, mais seulement pour les meilleures gallettes.



Bilan sur ce genre de chro : à petite dose, et uniquement pour des releases qui en valent la peine.
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Mer 23 Juin 2004 - 19:58

@KonRig a écrit:Par ailleurs, un texte aussi dense et fourni ne conviendrait pas du tout pour la review d'une daube, mais seulement pour les meilleures gallettes.

Cela rejoint un peu la question que je me suis posé. Ce type peut il arriver à écrire systématiquement de telles chroniques? Parce que celle ci est incroyablement sincère et introspective. A ce niveau là, il ne doit chroniquer que quelques rares albums qui l'ont vraiment marqué, tandis que le reste doit être beaucoup plus commun...
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par Necrowarrior le Mer 23 Juin 2004 - 20:05

c'est facile à comprendre, certains albums ont plus de "matière" à chronique que d'autres, et plus l'album est inhabituel, plus il faudra de mots pour en décrire la substance...
Necrowarrior
Necrowarrior
Légat de légion
Légat de légion


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Mer 23 Juin 2004 - 20:31

Oui mais là il va quand même plus loin qu'une simple description...
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par Necrowarrior le Mer 23 Juin 2004 - 20:52

décrire une musique et ce qu'elle engendre comme émotion, y a déjà de quoi faire...! ;
)
Mais ne soyont pas BMcentristes, j'aimerais bien voir ce que peut donner une "chronique" d'un grand opus de classique par exemple...
Necrowarrior
Necrowarrior
Légat de légion
Légat de légion


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Mer 23 Juin 2004 - 21:52

Il est vrai qu'Uriel chronique généralement très peu d'albums et des albums qui l'ont vraiment passionné et saisi. Je vous fournirai d'autres exemples de ses chroniques (Elend, Solefald, Cult of Luna, Opeth...). Il aime le travail original, donc il va pas trop chroniquer les "grands" groupes mais plutôt tout ce qui par un côté ou un autre implique une recherche expérimentale ou est underground.

Ce qui est sûr c'est que dans 9 cas sur 10 (exception faite du dernier Orphaned Land) lorsqu'Uriel chronique un album et l'apprécie, je l'apprécie aussi).

Une chronique musicale faite avec un beau langage et un certain esthétisme est un grand plus à mes yeux. Dommage que par fainéantise beaucoup se contentent de lire une note. Je pense que ce genre de chroniques demande à Uriel un gros investissement en temps et plusieurs écoutes plus qu'attentives de l'oeuvre en question. Voilà les quelques éclaircissemnts que je pouvais donner. Si vous croisez un jour Uriel dans la rue jamais mais vraiment jamais vous ne vous douteriez que vous avez en face de vous un spécialiste ès arts metalliques. Il fait plutôt style enfant sage...
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Mer 23 Juin 2004 - 23:12

AH Uriel l'ange !

Je suis d'accord avec vous mon père mais le gros problème et sur lequel vous ne répondez pas est : la présentation en pavé indigeste sans retours à la ligne des chroniques sur VS ! Des lignes sautées des paragraphes et des alinéas...et là peut-être qu'on pourrait lire les belles chroniques d'Uriel en entier.

Mais il a vraiment de très bon goûts musicaux il est vrai (Throes Of Dawn, Agalloch, Elend, Blut Aus Nord ...).

En parlant de son apparence, vous voyez mon père il illustre de manière paroxystique le citation suivante : Ceux qui sont très marqués vestimentairement sont très souvent ceux qui ont très peu de cds chez eux et une piètre culture musicale.

Alleluia ! (ps : il est possible vous croyez de convertir un prêtre au postchristianisme ??)
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Jeu 24 Juin 2004 - 12:45

A ce stade, ce n'est plus une chronique, c'est un exercice de style, et je ne suis pas sûre qu'au final cela serve l'oeuvre en question.



Brève et efficace, c'est ainsi que je conçois une chronique de BM. J'ai un grand attrait pour la Littérature, mais dans un autre contexte.



"Praise the Horned !"
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Jeu 24 Juin 2004 - 13:40

Morg a écrit:A ce stade, ce n'est plus une chronique, c'est un exercice de style, et je ne suis pas sûre qu'au final cela serve l'oeuvre en question.



Brève et efficace, c'est ainsi que je conçois une chronique de BM. J'ai un grand attrait pour la Littérature, mais dans un autre contexte.



"Praise the Horned !"


Idem, moi je rapprocherai ce genre de chronique de l'effet que me fait dream theater, mais je comprends très bien que l'on puisse aimer. (Quand bien même à mon sens certains disent apprécier par pure fierté intellectuelle).
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Jeu 24 Juin 2004 - 16:13

Post Tenebras Lux, c'est Padre Bob si je comprend bien??? J'avais lu son interview sur le site de VS, c'est amusant de voir un prêtre s'interesser à ce type de musique.



C'est vrai qu'il faut une bonne petite dose de courage pour lire une telle chronique, mais j'apprécie que des personnes fassent un tel effort pour nous faire partager leurs coups de coeur. Dans le même registre, les reviews de Lars du RT sont d'une grande qualité.
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par Necrowarrior le Jeu 24 Juin 2004 - 18:46

et chapeau bas à celles du RU également, qui sont toujours très stylées et très BM dans l'esprit!
Necrowarrior
Necrowarrior
Légat de légion
Légat de légion


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Jeu 24 Juin 2004 - 19:01

@ Tomas : moi je ne trouve pas çà "amusant" du tout.
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Jeu 24 Juin 2004 - 19:04

C'est vrai qu'il faut une bonne petite dose de courage pour lire une telle chronique, mais j'apprécie que des personnes fassent un tel effort pour nous faire partager leurs coups de coeur. Dans le même registre, les reviews de Lars du RT sont d'une grande qualité.

C'est vrai qu'elles sont bien, c'est un style différent car il fait chanson par chanson. Mais de toute façon les chroniques sont toutes bien sur le RT qu'elles soient faites par lui ou les autres chroniqueurs.
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Jeu 24 Juin 2004 - 19:18

j'adore les chroniques de Resistancia aussi, tout comme celles du RT...ni l'un ni l'autre ne machent leurs mots, et le style est toujours ravgeur je trouve lol
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Jeu 24 Juin 2004 - 22:26

Padre Bob et Post tenebras lux sont bien la même personne!
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Ven 25 Juin 2004 - 2:03

Morg a écrit:A ce stade, ce n'est plus une chronique, c'est un exercice de style, et je ne suis pas sûre qu'au final cela serve l'oeuvre en question.



Brève et efficace, c'est ainsi que je conçois une chronique de BM. J'ai un grand attrait pour la Littérature, mais dans un autre contexte.



"Praise the Horned !"


Tout a fait d' accord avec toi .
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par Baalberith le Ven 25 Juin 2004 - 14:57

La rédaction d'une chronique est personnelle, je demanderais donc aux lecteurs de ne pas prendre au pied de la lettre ce que je vais dire.

Ma conception est qu'une bonne chronique doit être pas trop longue, ni courte, concise et aller droit au but sans hésiter à être objectif et sincère. bref, pas grand chose à voir avec celle de VS habituellement et surtout dans ce cas...

_ mettre une note sur 20 avec des virgules, c'est quand même charrier! pourquoi pas aussi aller à plusieurs chiffres après la virguel!...

_ j'ai pas mal l'impression de lire du michelland avec des phrases si onériques et imagées que l'on ne comprend plus rien et que l'on est obliger de revenir en arrière pour comprendre le sens. Là on lit, ça nous lourde et on finit par lire une ligne sur deux, puis en diagonale!!

_ je n'aime pas trop ceux qui se permettent de parler de ce qu'ils ne connaissent que pas assez. je veux dire par là que VS c'est un peu le Voici du metal qui va traiter du dernier Marduk comme du dernier Spliknot, AC/DC ou Nirvana, bref un zine qui est trop hécléctique et qui donc perd sa crédibilité. PC ne fait que du BM et ne va pas se permettre de parler de heavy ou de death, alors de hard FM!!

_ il ne parle que de la musique, pour moi le bm c'est le visuel, l'ambiance également. mais bon c'est normal pour qualqu'un qui ne vit pas le bm (cf. ce que je disais précédemment)



Bref, une chronique c'est fait pour renseigner efficacement le futur auditeur sur un produit audio et visuel, pas pour disserter comme un romancier!
avatar
Baalberith
Princeps Romanorum
Princeps Romanorum


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Ven 25 Juin 2004 - 17:23

Je pense que si le développement est un art, la concision en est un autre, et il est encore plus difficile.
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Ven 25 Juin 2004 - 17:29

@Baalberith a écrit:Bref, une chronique c'est fait pour renseigner efficacement le futur auditeur sur un produit audio et visuel, pas pour disserter comme un romancier!


Oui c'est à peu près la même définition que j'attribuerai aux chroniques, je ne pense pas que ce soit nécessaire d'en faire tout un plat. J'ai toujours un peu de mal à finir de lire ce type de chronique, d'autant plus que sur un écran de pc ça devient relativement pénible.
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Ven 25 Juin 2004 - 18:31

Voilà dans un autre domaine que le BM un exemple du génie d'Uriel (chronique du sublime album "Damnation" d'Opeth):



OPETH – Damnation (Music For Nations/Wagram) - 11/04/2003 @ 09h00





L’annonce précoce de la double sortie « Deliverance »/« Damnation » et du concept d’antinomie musicale entre les deux avait permis à chacun de prendre ses dispositions et de se faire son idée de ce à quoi pourrait ressembler un album entièrement dédié au visage « pacifique » du quatuor suédois. Après coup, voilà que je me prends à rêver que le secret de « Damnation » soit resté préservé jusqu’à la dernière minute, juste histoire de capter au vol les concerts d’exclamations incrédules et les gueules tirées par la stupeur. Une stupeur qui, pour les plus à même de savourer le changement, aurait peut-être carrément fini par se muer en la réalisation qui est désormais la mienne : s’il est naturellement saugrenu de jauger le nouveau venu en l’étalonnant par rapport à ses précurseurs, force est de constater qu’Opeth n’avaient plus fait autant plaisir depuis pas mal de temps (une idée à prendre avec des pincettes bien sûr, chaque particule d’Opeth étant en elle-même le plaisir incarné), en ce qui me concerne depuis « My Arms, Your Hearse » pour être plus précis, ce qui faisait tout de même trois albums d’enthousiasme toujours plus ou moins tempéré par l’un ou l’autre détail chiffonnant.

Bien sûr, comme il n’est plus besoin de présenter Opeth, il coule de source que tout ce qui est accompli ici l’est en vertu du bon goût et de la recherche de perfection. En huit titres pour autant de diamants véritables constellant un diadème inestimable, on revisite l’intégralité des mondes acoustiques que le groupe a côtoyés au cours de sa carrière, qu’il s’agisse des mélodies crépusculaires de coin du feu des premiers albums, des décors intimes et cotonneux à la « Credence », des dialogues de cordes intrigants imprégnés de blues propres à l’après-« Still Life », sans parler des visions directement insufflées par le producteur et cinquième homme Steve Wilson (Porcupine Tree), dont la patte se respire dans les odeurs feutrées émanant d’une palette d’ambiances forcément bardée de nostalgie monochrome – il n’y a qu’à contempler la pochette signée Travis Smith, saisissant alliage d’esthétisme brut et de regrets figés, pour s’en convaincre. Ce n’est pas parce que la musique prend des tournures plus calmes qu’elle en agit de façon apaisante, et en aucun cas elle n’est moins sombre qu’à l’accoutumée : des titres de chansons d’une éloquence telle que « Closure », « Ending Credits » ou « Hope Leaves » se chargent de dépeindre par avance l’univers terminal et lactescent dans lequel l’auditeur va être amené à se mouvoir.

Sans trop vouloir tailler la bavette sur chacun des titres, étant donné que je ne suis de toute façon pas apte à en fournir un compte-rendu technique fiable, je vais m’efforcer de donner un aperçu des moments forts, tout en sachant bien que pas une microseconde de « Damnation » n’est à jeter. On découvre le disque sous le signe de l'acclimatation patiente avec un « Windowpane » qui prend tout son temps pour mettre l’auditeur à son aise (7’44 : record de durée). Le morceau alterne diligemment entames chantées, transitions très pures au son d’un mellotron frissonnant du plus bel effet, et un solide petit catalogue de motifs emmenés par une guitare solo qui va puiser dans le grand bain des 70’s un penchant pour les aventures instinctives et les assonances dérivantes.

On enchaîne sur « In my Time of Need », une de ces chansons qui suffisent à elles seules à imprimer un sentiment positif sur un album entier. Curieusement, il s’agit – pour vulgariser – d’une chanson fonctionnant sur le principe académique du couplet – pré-refrain – refrain. Mike Akerfeldt y livre une performance éblouissante, peut-être sa plus belle, lorsqu’il déclame d’une voix enrobée par l’émotion cette inoubliable ligne centrale sous un ciel irisé de synthés plongeants enrichis de magnifiques chorus qui escortent vers la fin en fondu. Quelque part il y a dans les mélodies de ce morceau un petit air de Katatonia que l’on retrouve parfois plus loin dans l’album.

« Death Whispered a Lullaby » ouvre une fenêtre sur un paysage plus agité où le tourment et la confusion l’emportent sur le lyrisme. Les parties de guitares deviennent très denses et tressent des arabesques impressionantes entre acoustique, électrique planant et une basse tonique qui n’hésite pas à suggérer ses propres tissus mélodiques. En réponse, le chant se fait plus ouvert, plus autoritaire afin de garder une emprise sur les débats. C’est à mon sens le passage de l’album qui eut été le plus suceptible de s'incorporer dans un morceau « metal » typique du groupe.

Passons directement à « To Rid the Disease », qui dissimule des abîmes de tension derrière une façade flegmatique. Les faux-plats progressifs rythmés avec une géniale nonchalance (dans le sens de la perception globale, car Martin Lopez n’est pas avare de petits entrejeux magiques et autres touchés impossibles) se fondent dans un refrain philosophe de nouveau intensifié par la pèlerine spectrale de l’orgue Hammond. Pour l’anecdote, l’emballage final est auguré par un petit thème espiègle au piano qui me rappelle l’ouverture d’un morceau de Windir – « Kong Hydnes Hang » je crois, mais c’est vraiment juste pour le clin d’œil… L’instrumental « Ending Credits », superbe morceau s’il en est, est traversé par un solo aérien à la Santana sur fond de broderie acoustique décontractée, le tout s’immergeant dans les synthés lors des durcissements de la frappe.

Le séjour dans ce Pays des Merveilles pour esthètes cyclothymiques s’achève avec « Weakness », titre qui porte tout à fait bien son nom puisqu’il laisse tomber un rideau maladif sur l’album : absence de batterie, goutelettes fantomatiques de claviers et de guitares délivrées de toutes structures, chant désincarné en sourdine qui conquiert l’honneur de terminer en orphelin pour une poignée de secondes…

La force emphatique de ces morceaux doit beaucoup au fait qu’ils soient enchaînés l’un à l’autre, alors que les éparpiller au gré des albums « réguliers » d’Opeth aurait équivalu à séparer des frères siamois après des années de vie commune : on aurait risqué une hémorragie de leur fluide émotionnel. D’où le bien-fondé de l’entreprise.

« Damnation » a aussi cela de bien qu’il installe un break salutaire pour régénérer le souffle d’une discographie de plus en plus dense qui menaçait de tourner à la routine. En laissant les fans repus à l’orée de la digestion patiente et opulente de leurs dernières offrandes, Opeth vont probablement pouvoir s’accorder une vacance médiatique bien méritée pour en temps voulu redémarrer de plus belle sur des bases électriques rutilantes.

Allez, avant de me faire taxer de consensus aggravé, je vais contredire mon point précédent et en profiter pour me gagner quelques ennemis : Opeth auront-ils l’intelligence d’arrêter leur carrière en seigneurs sur cette apothéose ?





[ Posté par : Uriel | Note : 18/20 | Nb de lecture(s) : 2253 | 23 commentaires | Top ]
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par Baalberith le Ven 25 Juin 2004 - 23:35

Décidemment indigérable ses chroniques. sans vantardise, si j'avais un peu de temps, je t'en pondrais des chroniques comme ça PTL, pour te montrer que ce n'est pas si difficile que ça, très franchement. c'est juste indigeste et inutile, une perte de temps dans le domaine de la chronique je pense...



"Etant tout de même peu porté sur le old school, je dois dire que cet album m'a bien agréablement surpris. L'un de ceux qui me font dire que la querelle old school/new school est décidément bien puérile puisque le old school véhicule d'autres sentiments que le sympho ne peut pas forcément véhiculer et inversement : chacun a sa place. Le black thrash construit par Amduscias et sa bande est fichtrement roboratif ! En clair cet album si peut que vous lui laissiez deux écoutes vous met une patate terrible ! Sa grande force réside dans le grand talent de compositeur d' Amduscias à la guitare et par dessous tout dans sa savante magie à composer des breaks thrashy qui claquent !



On ressent sans peine les influences du thrash allemand (Sodom, Kreator) qu’il a reçut notamment avec ses breaks qui sont écrasés avec insistance à la manière des combos allemands. La présence d’une seule guitare renforce l’effet des breaks et c’est le headbanging qui vous prend. Il y a également un je ne sais quoi de rock n' roll dans ces compos qui se démarque beaucoup des autres groupes de old school à mon sens. Amduscias est lui-même très friand, en tant que fan, des breaks de black qui passent d’un blast beat à du mid tempo. Il vénère aussi les parties lentes de "A Blaze In The Northern Sky". "Backstab" comme les trois titres suivants sont particulièrement efficaces dans ce registre : le guitariste s'efforce de créer la musique qu'il rêverait d'entendre tout simplement. Les morceaux qui leur succèdent sont, à mon sens, plus linéaires et répétitifs ce qui constitue le défaut de cet opus.

Côté visuel et ambiance : "Le black metal est à la base une musique considerée comme religieuse" dixit Amduscias et il s'efforce de le faire ressentir dans son art inverse. Le cover a été réalisée par un membre du groupe Watain qui a blasphémé sur une oeuvre chrétienne en y incorporant la figure tutélaire du bouc. Une profanation iconographique qu'illustre parfaitement cette volonté d'Amduscias de créer "une musique sacrée inversée". Cela se ressent dans l'ambiance, dans ce son live voulu par la production du groupe. A noter que la batterie de Herr Rikk (ex Penumbra et batteur de Nydvind) sonne vraiment très bien et colle parfaitement à l'effet rendu.



En définitive, il s'agit là d'un bon album très axé sur les quatre premiers titres qui vous donnent une pêche pas possible avec une production qui sied parfaitement à l'atmosphère malsaine véhiculée. Il est dommage que les derniers titres soient un peu trop répétitifs. De la variété dans la structure même des compos et des blasts aurait hissé l'ensemble bien plus haut. La seconde moitié de l’album aurait bien vue une certaine innovation tout du moins rythmique à mon sens. Pour avoir eu la chance d'assister à une des répétitions du groupe, il est clair que la musique de Temple prend toute son essence satanique en live. A ne pas louper si vous en avez l'occasion...mais attention aux torticolis !"

Une chronique de Temple Of Baal par Ehjeh, c'est dans ce style à mon avis une bonne chronique. d'ailleurs je susi globalement content de mes chroniqueurs, comme Mormegil aussi, c'est concis, précis, ils font le tour de la question en abordant chaque point et s'engouffre pas dans des dispensables digressions sur la métaphysique du choux-fleur!:)
avatar
Baalberith
Princeps Romanorum
Princeps Romanorum


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par  le Sam 26 Juin 2004 - 4:05

Je crois que la vraie question qui sourd de ce débat est :

Doit-on faire une chronique pour soi ou pour les lecteurs ? En pensant au fait qu'ils ne vont pas forcément comprendre tous les mots d'un chroniqueur-essayiste comme Uriel et surtout avoir le temps de tout lire !

Ceci dit le débat n'est pas si simple. En étant honnête intellectuellement il faut dire qu'on tend baal comme moi ou d'autres à, lorsqu'il s'agit d'un album unique comme Anthems...à poétiser la chronique ne serait-ce que pour placer des mots aériens sur les frissons que l'on ressent.

Moi à qui il arrive de pleurer sur ce genre d'albums comprend parfaitement en quoi le chroniqueur est amené à encenser poétiquement sa chronique.



Ce qui m'amène à insister sur le fait que dans ce cas là il s'agit souvent d'un rapport religieux vis à vis d'une passion si forte qu'elle en devient transcendance. :wink: C'est en tout cas l'optique que je défends dans mon travail universitaire.

(...un débat vraiment passionnant aux multiples ramifications mine de rien)
avatar


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par Baalberith le Sam 26 Juin 2004 - 11:01

Tout à fait! Mais il y a une différence entre poétiser pour quelques albums vraiment géants et le faire pour tous comme Uriel ou Michelland. En plus, il y a aussi une idfférence entre poétiser un peu et de A à Z. Pour finir, même si ça m'arrive de poétiser un petit peu sur certains albums, je conserve ma démarche didactique et concise au possible. Il ne s'agit en fait que d'éguauer quelques points.

A noter que je ne suis pas en train de me prétendre bon chroniqueur, bien au contraire!
avatar
Baalberith
Princeps Romanorum
Princeps Romanorum


Revenir en haut Aller en bas

De l'art de chroniquer Empty Re: De l'art de chroniquer

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 1 sur 8 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8  Suivant

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum